lundi 15 octobre 2007

Une critique anarchiste du PCR (troisième partie)

Texte soumis à la discussion («ce n'est qu'un début», refrain connu...)



Une critique anarchiste du PCR
Déjà paru:
Ils sont anticapitalistes et antinationalistes, boycottent les élections et l’État, se disent communistes et révolutionnaires. Ils sont très critiques de l’institutionalisation des mouvements sociaux et conspuent les leaders de la gauche réformiste. Dans les manifestations, ils sont souvent masqués et n’hésitent pas à recourir à l’action directe. À priori, les maoïstes du Parti communistes révolutionnaire (PCR) sont proches des anarchistes. Et pourtant… Un fossé sépare nos conceptions du monde et de la stratégie révolutionnaire.

3. L’État

Théoriquement, les maoïstes ont le même but que les anarchistes : le communisme «qui se caractérise, selon le Programme du PCR, notamment par la disparition de l'État, du parti, du droit bourgeois, des classes sociales, des rapports marchands et de l'argent». Le problème c’est qu’avec le moyen qu’ils se sont donnés pour atteindre ce but, la dictature du prolétariat, il est certain que les maoïstes n’y arriveront jamais!

À priori, les maoïstes ont une conception proche de la notre de ce qu’est l’État : «l'instrument de la domination d'une classe sur une autre». Comment se fait-il, dans ce contexte, que, pour arriver à une société sans classes, ils et elles se proposent encore de passer par une période de transition, la dictature du prolétariat, impliquant la mise du pied d’un nouvel État fort sensé dépérir par la suite? Surtout que les maoïstes reconnaissent que la bourgeoisie a tendance à se reformer au cœur même de l’État durant la période de transition et que les nouveaux dirigeantEs «sont souvent les plus dangereux pour l'existence du socialisme (…) parce qu'ils se dissimulent et qu'on les retrouve au sein même du parti et de l'appareil d'État, i.e. là où le pouvoir est concentré, où ils peuvent se draper de l'étiquette communiste pour mieux tromper les masses»!

Pour faire face au danger de restauration du capitalisme, le PCR propose de «poursuivre la révolution jusqu'au bout», notamment en menant une lutte de ligne et plusieurs révolutions culturelles afin de «dégommer [les nouveaux bourgeois] et exercer contre eux toute la force que permet la dictature du prolétariat», le tout «avec la participation et le soutien des masses».

Pour ce qui est de la dissolution de l’État dans le communisme, le PCR prévoit que ce sera graduel (l’État va «dépérir»). Pour y arriver, selon les maoïstes, il faudra «associer de plus en plus les masses à l'exercice du pouvoir, en aménageant, entre autres choses, les conditions qui leur permettront de le faire : à savoir du temps (par la réduction du temps de travail), la prise en charge collective des tâches domestiques, l'attribution générale de moyens (encre, papier, salles de réunions, information...) qui permettront leur libre expression, etc.», «voir à détruire les privilèges historiquement associés aux fonctions de direction» et, à long terme précise-t-on, «permettre à chacun et à chacune de développer sa capacité à diriger». Bref, «l’État doit se transformer lui-même, et surtout développer de nouveaux organes dirigeants, basés sur la participation des masses».

Il faut croire que les maoïstes n’ont pas encore tirés toutes les leçons de l’histoire et qu’ils et elles ont encore une vision idéaliste de l’État et du processus révolutionnaire!

L’erreur fondamentale des maoïstes, comme des autres marxistes-bla-bla, est de ne pas avoir compris que la forme «État» n’est pas neutre, qu’elle a une logique propre, qu’elle ne peut fonctionner sans classe dirigeante, quitte à la créer. Comme le PCR le dit si bien, l’État «n'est jamais autre chose que l'instrument de la domination d'une classe sur une autre», et, dans toutes les expériences socialistes, ce fut la base à partir de laquelle une nouvelle classe dirigeante a émergée. Le prolétariat, la majorité de la population, ne peut tout simplement pas devenir «la classe dirigeante» et «exercer sa dictature». S’il devient «dirigeant» c’est qu’il n’est déjà plus le prolétariat, tout comme si l’État se confond avec le peuple, ce n’est déjà plus l’État. Ce que proposent les maoïstes, avec leurs dirigeantEs dont on aura, bien sur!, «détruit les privilèges», ce n’est pas la dictature du prolétariat mais bien la dictature sur le prolétariat.

La révolution que propose le PCR, en n’abolissant pas immédiatement l’État et n’instaurant pas immédiatement l’autogestion généralisée est incomplète et vouée à l’échec. Ce n’est pas après la révolution que les masses doivent apprendre à s’autogouverner mais avant. Le problème c’est que cela implique une stratégie révolutionnaire à des années lumières de celle proposée par les maoïstes. Ça implique la création d’organismes révolutionnaires très différents d’une armée rouge et d’un parti centralisé, de véritables contre-pouvoirs qui seront, dans la société de classe d’aujourd’hui, la préfiguration de la société sans classe de demain, des organismes qui, gràce à la «gymnastique révolutionnaire» de la guerre de classe, auront déjà «permis à chacun et à chacune de développer sa capacité à diriger».


La suite… un autre jour !


Nicolas Phébus, 15 octobre 2007

P.S.: Je me base essentiellement sur le Programme du PCR pour faire cette critique

1 commentaire:

Richard Huot a dit…

Étrangement, j'ai toujours trouvé qu'il existait une certaine ressemblance entre le début de l'analyse proposé fois par les marxistes-léninistes (ou marxistes bla-bla) et la doctrine anarchiste.

Pourtant, la fin de l'analyse, soit les conclusions tirées du problème posé au départ ne se rejoignent vraiment pas. Pendant que les thèses des marxistes-léninistes vont porter sur la dégénérescence de l'État, celles prônées par les anarchistes vont porter sur une destruction volontariste de l'État

Alors que ces derniers pensent que l'on peut abolir l'État, du jour au lendemain, les marxistes constatent que c'est là un projet un peu plus complexe et laborieux, voire utopique. Remarquez, la supposée dégénérescence de l'État que prédisait Lénine dans "L'État et la révolution" n'est jamais survenue... Au contraire, il n'a cessé de grossir, même en Occident!!!

Car l'État est maintenant extrêmement développé dans nos sociétés. Il n'y a qu'à penser à sa main droite, les forces répressives avec la police, l'armée, les prisons... Il y aussi les tribunaux, l'éducation, l'immigration, la santé, les services sociaux et j'en passe.

Ces secteurs existent, qu'on le veuille ou non, cela fait partie de la réalité. Ces organes ont une existence matérielle et on peut difficilement décrèter l'abolition de la réalité. La réalité doit plutôt être transformée... et ça, c'est très long!!!

Peut-être que la solution reposerait dans une société civile expansive qui avalerait les pouvoirs d'État. C'est un peu ce qu'ont imaginé Cohen et Arato dans "Civil Society and Political Theory". Je vous suggère fortement la partie sur Gramsci...

Un marxiste-nihiliste non-maoïste