dimanche 7 octobre 2007

Manif à la mémoire de Claudio Castagnetta

Lu dans Le Soleil ce matin:



Près de 200 personnes ont manifesté hier devant le parlement, à Québec, pour réclamer un véritable protocole d’intervention en situation de crise pour les policiers de Québec, à la suite du décès de Claudio Castagnetta.
Photo Erick Labbé, Le Soleil

«Formez vos policiers!»
Par Élisabeth Fleury
Le Soleil

Le message livré hier par les manifestants réunis en mémoire de Claudio Castagnetta devant le parlement de Québec était on ne peut plus clair : « Ville de Québec : Formez vos policiers ! »

Le slogan a été scandé une fois, deux fois, trois fois... La quatrième fois, il a été carrément hurlé. C’est dire à quel point, malgré le silence des autorités quant aux circonstances entourant le décès de Claudio Castagnetta, ses proches sont convaincus que le manque de jugement ou de formation des policiers est en cause.

Les manifestants — ils étaient près de 200 — ont réclamé un véritable protocole d’intervention en situation de crise pour les policiers de Québec. En principe, la police de Québec a une entente avec l’organisme PECH (Programme d’encadrement clinique et d’hébergement), qui offre aux patrouilleurs un service d’intervention 24 heures sur 24 et sept jours sur sept « pour toute crise psychosociale ou psychiatrique ».

Pour des raisons qui nous échappent, les policiers n’ont jamais contacté le PECH lors de l’arrestation de Claudio Castagnetta, qui présentait pourtant, selon plusieurs témoins, des troubles psychologiques ou psychiatriques évidents.

« Le problème, c’est que la décision de contacter un intervenant demeure à la discrétion des policiers, alors qu’ils n’ont pas de formation en santé mentale », déplore Luc Vigneault, directeur-général de l’Association des personnes utilisatrices des services en santé mentale de la région de Québec.

Bien traité

Schizophrène, M. Vigneault confie avoir déjà été arrêté par les policiers alors qu’il était en crise. « J’ai été amené au service d’urgence psychiatrique. Ça s’est passé comme ça devait se passer, et comme ça aurait dû se passer pour Claudio Castagnetta. »

Mélissa Lizotte, qui est atteinte du trouble bipolaire, abonde dans le même sens. « Il y a eu négligence de la part des policiers, et ça me révolte personnellement. En période de crise, on a besoin d’aide. »

Au lieu d’être conduit à l’hôpital après son arrestation durant laquelle, faut-il le rappeler, les policiers ont utilisé le pistolet électrique, Claudio Castagnetta a été enfermé dans une cellule de la centrale du parc Victoria, où il se serait délibéremment frappé la tête contre les murs sans que personne n’intervienne.

Claudio Castagnetta a été conduit au palais de justice de Québec le lendemain pour sa comparution. Il était alors tellement mal en point qu’il n’a pu être amené devant le juge Jean Drouin. Son avocate, Me Nathalie Duchesne, a demandé un examen d’aptitude à comparaître, mentionnant avoir appris de son client qu’il était atteint du trouble bipolaire.

À son arrivée au centre de détention de Québec, Claudio Castagnetta était inconscient. Et il se serait écoulé pas moins de 45 minutes avant qu’il ne soit pris en charge par les ambulanciers. L’homme de 32 ans a été conduit à l’hôpital de l’Enfant-Jésus, où il a rendu l’âme le lendemain.

Pour un ami du défunt, Alessandro Porcaro, il ne fait aucun doute que les policiers ne sont pas les seuls à blâmer dans cette histoire. « Les agents correctionnels sont aussi en cause », insiste M. Porcaro, qui n’arrive pas à comprendre comment son ami a pu « entrer debout (en prison) et sortir dans un cercueil ».

Comme tous les manifestants massés hier devant le parlement, Charles Rice, de l’organisme AGIR en santé mentale, réclame une enquête publique. « Il faut que la lumière soit faite de façon publique et transparente. Ce qui s’est passé est inaccceptable, et il ne faut plus que ça se répète. »

Les pancartes brandies pendant la manifestation témoignaient bien de ce désir de transparence. « Le silence tuera-t-il Claudio pour une deuxième fois ? », pouvait-on lire sur l’une d’elles. « On veut la vérité ! », disait une autre.

Puis il y avait celle qui faisait simplement référence à la Charte des droits et libertés: « Tout être humain dont la vie est en péril a droit au secours »...

2 commentaires:

Claude Gelinas a dit…

Le manque d'humanité (et de compétence) des policiers de Québec a de quoi laisser bouche-bé...

Xavier a dit…

Manif. 20 septembre 2008, 11h00

www.memoiredeclaudio.org