samedi 15 mai 2010
Marche contre l'homophobie
Le reportage audio:
montaj9min.mp3
Aujourd'hui avait lieu la marche Gai Lesbienne Bisexuel Transexuel (GLBT) contre l'homophobie dans le sport. L'UCL était là par solidarité et pour clamer son refus de l'oppression patriarcale et machiste.
La marche est passée à deux pas de l'Hôtel Chateau Laurier ou avait lieu au même moment un congrès de la Campagne Québec Vie. Ce groupe réactionnaire avait entre autre préparé une discussion sur "l'homosexualisme". Le cardinal Ouellet était l'invité d'honneur. Pour l'occasion, un membre du Collectif anarchiste la Nuit a récité quelques extraits de la charte des droits. On était loin de l'insurrection, donc.
Mais force est d'admettre que la lutte contre l'homophobie est un combat dont la pertinence est toujours au gout du jour. On ne doit jamais baisser la garde!
jeudi 13 mai 2010
Vidéotron retire des affiches contre l'homophobie

Le Soleil nous apprenait ce matin que Videotron a fait enlever des affiches contre l'homophobie dans ses bureaux. Selon ce que le syndicat a dit au journaliste, les gestionnaires ont justifié leur décision par la réception de trois plaintes d'employés qui n'auraient pas apprécié voir ces affiches annonçant la Journée internationale contre l'homophobie, lundi.
L'article du Soleil soulève, avec raison, que le geste est déplorable et démontre tous le chemin qui reste à faire pour sensibiliser à la question de l'homophobie en milieu de travail. Disons que ça fait un peu l'effet d'une douche froide. D'ailleurs, à ce chapitre, il faut souligner le geste du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui a pleinement adhéré à cette campagne contre l'homophobie et qui a fait poser ces affiches en milieu de travail. Ce qui nous amène à notre deuxième point, que Le Soleil n'a pas jugé bon de soulever. Selon l'article, les affiches étaient posées sur les panneaux d'affichage du syndicat. Comment ça se fait que les patrons se mêlent de ce qu'il y a sur les panneaux syndicaux? Depuis quand laissent-on les boss retirer unilatéralement une affiche posée par le syndicat sur le panneau du syndicat?
(Source)
P.S.: À Québec, il y a une marche samedi contre l'homophobie dans le cadre de cette campagne. Rendez-vous à 13h30 devant l'Assemblée nationale. Remis au lendemain en cas de pluie.
mercredi 5 mai 2010
15 mai : Un Québec contrasté
Militants gais et cathos, réactionnaires et progressistes, réunis et manifestant dans la capitale le même jour.
Le 15 mai, Québec sera l'hôte d'activités pour le moins contrastées. Pendant que la droite catholique se réunira en haute-ville sous l'égide de la très conservatrice Campagne Québec-Vie, la gauche se réunira en basse-ville pour parler d'anticapitalisme, à l'appel du Centre Justice et Foi, le tout sur fond de célébration de la Journée internationale contre l'homophobie!
Anti-choix
La Campagne Québec-Vie, fer de lance bien de chez-nous des anti-choix, tient son congrès annuel à l'hôtel Château-Laurier, le 15 mai, sur le thème «une lutte pour l'âme du Québec : deux visions du mariage et de la famille». À regarder l'horaire, il semble que les pro-vies en ait aujourd'hui contre le projet de loi sur l'euthanasie et le suicide assisté déposé à la chambre des communes par la députée bloquiste Francine Lalonde. C'est en tout cas le thème qu’abordera le président de Campagne Québec-Vie lors d'un atelier en matinée et en assemblée générale.
L'après-midi sera plutôt consacré à diverses conférences sur des thèmes comme l’activisme pro-vie, les adolescents et la question de l'avortement, la natalité au Québec, l’idéologie du féminisme radical (!) et «l'homosexualisme» (sic). En soirée, Marc Ouellet, ci-devant cardinal de Québec, sera l'invité d'honneur d'un souper. À notre connaissance, c'est la première fois que la hiérarchie catholique s'associe ouvertement à l'aile réactionnaire et activiste du mouvement anti-choix.
Anti-capitalistes
Fait plutôt cocasse, au même moment une institution de l'aile gauche de l'Église, le Centre justice et foi, qui publie la revue Relation, organise une journée d'étude au cégep Limoilou sur «les défis de l'anticapitalisme», en collaboration avec le site Internet Presse toi à gauche. De leur côté, les progressistes vont parler, entre autre, de la marche des femmes pour leur émancipation, d'une lecture chrétienne de l'anticapitalisme, du défi écologiste, des inégalités nord-sud, de la crise du capitalisme, etc. Aucun bonze de l'Église n'étant attendu à cette activité, c'est plutôt le mécréant auteur de ces lignes qui prononcera la conférence de clôture (sur «la perspective anticapitaliste dans les luttes sociales», c’est vous dire). [Attention, si ça vous intéresse, il faut s'inscrire et c'est la dernière semaine ou vous pouvez le faire!]
Contre l’homophobie
Cerise sur ce sunday idéologique, c'est aussi le 15 mai, pour des raisons de commodité, que le GLBT-Québec/Lutte à l'homophobie a choisi pour souligner la Journée internationale contre l'homophobie (le 17 mai). La marche, cette année, débutera à l'Assemblée nationale à 13h30 et se dirigera vers le Musée des beaux-arts, sur le thème de l'homophobie dans le monde du sport.
Science fiction
Que ce passera-t-il si tout ce beau monde se croise sur un coin de rue? Qui sait, certainEs voudront peut-être provoquer des rencontres…
lundi 15 février 2010
"Kiss-in" à Paris et répression

Si bien que des gens sur place s'y sont tout de même rendus, scandalisés que les gai.e.s ne soient pas les bienvenu.e.s sur la grande place publique, refoulé.e.s dans les quartiers déjà sensibles à l'hétérosexisme. Les intégristes les attendaient, la haine homophobe se dévoilant au grand jour. De Romilly, militant sur place, rapporte sur Rue89:
Je n'ai pas très bien compris ce qui s'est passé. Des hommes ont surgi pour se jeter sur les couples principalement féminins s'embrassant. La violence est inouïe, sortie de nulle part. Deux jeunes femmes sont à terre. N'embrassant personne, j'ai quand même droit à un grand coup de pied. Une journaliste de France Info est bousculée en pleine interview d'un jeune homosexuel. La réalisatrice Emilie Jouvet est heurtée par un casque de moto. Une autre femme prend un coup de poing.
La police est repartie avec 4 des agresseurs...c'est au moins ça bordel! Évidemment, plusieurs victimes ont porté plainte pour violence et insultes à caractère homophobe.
vendredi 12 février 2010
Saputo: la liberté de l'exploitation
La défense de Saputo est splendide: le blogue de Jay Louis ne fait que "partager [des] informations qui mettent en lumière la diversité culturelle de Montréal". Diversité??? Franchement, je ne savais pas que de défendre une culture sexiste et homophobe reflétait la diversité. Madame Cousineau chez Saputo continue de plus belle:
Bref, what-up-gangstars.com
se veut un lieu d’échange pour les jeunes de 15 à 25 ans qui désirent partager sur des sujets qui les touchent, dans un environnement décontracté et convivial.
Eh bien! On aura tout entendu! Un extrait du site peut-être?
On est loin d'une association avec Tel-Jeunes ou Gai Écoute!!! Ce site dégrade clairement les femmes et met en valeur la culture masculine virile . Tant qu'à moi, ça n'engendre que la haine et la violence. Je vois mal comment les jeunes peuvent échanger dans un environnement décontracté et convivial: allez les jeunes, traitez vous de putes pis de mafieux, sortez les guns. Ils pourraient faire la différence entre le hip hop pis le "gangsta".-Comment on fait pour collaborer au blog ou t’envoyer des nouvelles?
Facile. Envoie-moi un e-mail: jay@what-up-gangstars.com. Si ta news est fresh, je verrai ce que je peux faire…Sinon, les filles, si vous êtes chaudes, vous pouvez aussi m’écrire, je suis célibataire.
[...]
-Est-ce que c’est vrai que tu as 5 blondes?
C’est compliqué, mais oui, je confirme.
Franchement, j'aime encore mieux qu'on nous vente la responsabilité sociale des entreprises et qu'elles financent des associations de type communautaire. Au moins, dans ces cas-là il y a possibilité de défendre nos idées radicales, il y a possibilité de débats "intellectuels". Si les entreprises se mettent à défendre ces valeurs rétrogrades, on n'en a pas pour longtemps avant que ça dégénère ici aussi, au Québec, vu le pouvoir qu'ils ont dans notre belle société capitaliste.
J'espère que vous allez faire comme moi, écrire à Saputo (section nous joindre de leur site) pour vous plaindre. Je serais curieuse de voir si votre réponse est aussi sublime que la mienne.
vendredi 8 janvier 2010
Le Portugal légalise le mariage gai
Il ne serait pas surprenant que les politiciens du Portugal attendaient tout simplement que le raz-de-marée homophobe passe chez leurs voisins espagnols pour suivre en douce, sans grande discorde... et sans danger pour leur base électoral! Alors que les catholiques et l'extrême-droite en Espagne se sont mobilisés contre les politiques pro-homosexualité en 2005, manifestant jusqu'à 1 million dans les rues de Madrid, les réactions ne sont pas aussi vives au Portugal pour l'instant. Cela réconforte sûrement le Parti Socialiste qui n'a pas laissé passer la motion pour l'adoption chez les couples de même sexe, jouant certainement de stratégie pour garder son cul au pouvoir. Basse politique quoi, comme on est habitué.e ici itou.
Sur une autre note, petite histoire légale de l'homosexualité au Canada:
1970: Bill Omnibus qui décriminalise la sodomie (la loi habituellement invoquée pour incriminer les personnes d'orientation homosexuelle)
1977: La Charte des droits et libertés de la personne du Québec inclut l'interdiction de la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle
2004: L'union civile des personnes de même sexe est authorisée au Québec
2005: Modification de la Loi sur le mariage du Canada pour enlever la référence au sexe comme critère
2006: Le Parti Conservateur avec Harper en tête propose de réintroduire la définition traditionnelle du mariage et ainsi d'interdire le mariage entre personnes de même sexe (tout en laissant légal leur union civile). La Chambre votre contre à majorité, 173 voix contre et 123 pour.
jeudi 31 juillet 2008
ARA déjoue les plans des fachos en Ontario

Une lectrice du blogue nous a informé d'une action antifa sympathique qui a eu lieu dimanche dernier, à London, dans le sud de l'Ontario. En effet, quand des militantEs d'Anti-Racist Action (ARA) ont appris que des nazis allaient protester contre la gay-pride locale, avec tout ce que ça implique de risques, ils ont décidés de s'en mêler. Sur place, une trentaine d'antifa ont trouvés les nazis et les ont suivi toute la journée avec drapeaux et bannières pour éviter des "gestes disgracieux". Comme les antifa étaient 6 fois plus nombreux que les nazis, l'action de ces derniers est tombée à l'eau.
P.S.: n'hésitez jamais à nous envoyer vos infos pertinentes
lundi 19 mai 2008
Journée internationale de lutte contre l'homophobie

Pendant qu'on était au Salon, nos camarades du GLBT prenaient la rue à Québec. Plus de détails sur le CMAQ (la photo vient de là, d'ailleurs).
dimanche 14 octobre 2007
L’ÉGLISE FAIT SON « COMING OUT »!
Piégé à la caméra cachée par une équipe de la télévision italienne La7 (http://www.la7.it/), le bonhomme est pris en flagrant délit de « cruise » envers un jeune homme venu lui rendre visite dans ses bureaux officiels. « Je ne suis pas gay. Je voulais écrire un livre, une réflexion sur le problème de l'homosexualité chez les prêtres » est tout ce qu’avait à dire le type pour se défendre. Personnellement, je trouve offensant que le religieux parle de l’homosexualité chez les prêtres comme étant un « problème », mais bon, on n’en n’est pas à une offense près.
Finalement, encore une fausse bonne nouvelle provenant des calottés. Bah, personne n’est tombé dans le panneau de ce titre accrocheur. Comment oser espérer qu’une institution rétrograde qui refuse l’accès à la contraception comme pratique moralement acceptable, qui refuse les femmes dans ses rangs, qui condamne ouvertement l’homosexualité et l’avortement aurait pu être ouverte d’esprit? Une institution basée sur l’intolérance ne saurait être acceptée comme membre de la société actuelle.
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=200001&sid=8312459
http://www.lefigaro.fr/international/20071014.WWW000000015_scandale_au_vatican.html
http://canadianpress.google.com/article/ALeqM5gFuwAdpghdYOK0S7nNvrhS_QU0uQ
http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-32803486@7-60,0.html
je suis amoureux d’un garde suisse
adieu les calices à moi les câlins les délices
mais comment faire l’amour avec ce virus dans mon sang?
Et pas une seule capote en vente au vatican!
-Binamé
jeudi 30 août 2007
L'homophobie... ça vous amuse encore ? (*)
En réunion on a l'habitude de laisser trainer les canards qu'on a reçu à la boîte postale pour que les camarades puissent les feuilleter. La dernière fois, il y avait le hors-série d'été du Monde Libertaire, l'hebdo de la Fédération anarchiste. J'avoue que j'ai avalé de travers en voyant le back-cover (ci-contre). Il doit bien y avoir trois millions de façons différentes d'illustrer l'anarchisme, alors pourquoi avoir choisi cette illustration plus que douteuse? Si ce n'est pas une caricature homophobe, je ne sais pas ce que c'est! Il me semble que c'est indigne d'un journal libertaire.(*) Clin d'oeil à un autocollant de la FA durant la dernière campagne électorale.
P.S.: Peut-être que si certains curés n'avaient pas réprimés si violemment leurs fantasmes homos, ils ne seraient pas devenus des prédateurs sexuels.
dimanche 12 août 2007
Le message finira-t-il par passer?
Selon Radio-Canada, la cinquième édition du défilé de la fierté gaie de Québec n'a attiré en tout et pour tout qu'une dizaine de marcheurs. À priori, on pourrait penser que ça fait dur dans une ville qui vient de connaitre sa plus sérieuse agression homophobe depuis belle lurette... Ça c'est si on ne connait pas l'historique de l'organisation Fierté Québec qui organise la marche.Il y a cinq ans, cette organisation montréalaise, et son dirigeant auto-proclamé André Gagnon, s'est mêlée de venir dire aux homos de Québec comment s'organiser. En gros, le monsieur était pas content des pique-niques organisés depuis 1996, pas assez militants, pas assez gros. Il a donc voulu organiser un grosse fin-de-semaine de party politico-touristique et une "manif-défilé", comme à Montréal, sans vraiment demander l'avis de personne. Ça n'a pas super bien marché.
En moins de deux ans, le bonhomme et son groupe se sont mis à dos à peu près tous les militants et les institutions de la communauté gaie de la capitale. À un point tel qu'un groupe local a décidé de boycotter Gagnon et Fierté Québec et d'organiser en septembre sa propre Fierté gaie, la Fête Arc en ciel. Cette fête communautaire est certes moins in your face et flasheuse mais elle est a le mérite d'être issue de la base --en tout cas une certaine base--, d'être auto-organisée localement, démocratiquement et dans la transparence.
Malgré le désaveux retentissant, Gagnon persiste à vouloir organiser des trucs à Québec, depuis Montréal. Avec un aussi grand succès populaire, le message finira peut-être par passer...
D'ailleurs, en passant, le 2 septembre la Fête Arc en ciel se repolitisera un peu à l'occasion d'un brunch de solidarité sur la Place d'Youville. Une occasion de se solidariser avec la communauté gaie suite à l'épisode de gay-bashing de l'été.
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P.S.: Les "vieux" (sic!) gauchistes se souviendront d'André Gagnon pour son passage dans le mouvement étudiant à l'UQAM et au 'national'. Là aussi, il avait fait le vide autour de lui. Certains le tiennent même encore responsable de la mort de l'ANEEQ. D'autres ont encore en tête un certain journal "communautaire" qu'il dirigeait dans les années 1990 et qui n'était pas particulièrement tendre envers les anars.
lundi 16 juillet 2007
« H » comme HOMOPHOBIE
L'homophobie est l'expression ouvertement haineuse et discriminatoire du contrôle sur la sexualité appliqué à celles et ceux qui, pour une raison ou une autre, préfèrent baiser avec des personnes du même genre sexué qu'elles ou eux.
Gais et lesbiennes, pédés et gouines, butchs et tapettes, peu importe le nom qu'on leur donne, les personnes dites "homosexuelles" ont ceci en commun qu'elles ébranlent le système patriarcal en dissociant radicalement les plaisirs érotiques de la reproduction, et surtout en brouillant les conventions sociales qui prétendent réduire notre commune humanité à des relations soi-disant complémentaires entre de "vraies femmes" subordonnées à de "vrais hommes". Mécanisme de défense du patriarcat contre la dissidence sexuelle, l'homophobie prend mille visages: petites vexations, injures, arrestations, violence physique, meurtre... Ses vecteurs les plus vigoureux et les plus redoutables sont sans soute les organisations de droite et d'extrême-droite, et notamment la plupart des mouvements religieux; à ce titre, l'hystérie fascisante des masses fondamentalistes ne se distingue guère de la bave moralisatrice mollement dégobillée par la mâle gérontocratie catholique.Comme toute autre forme d'assassinat de la liberté, l'homophobie devrait apparaître aux anarchistes comme un adversaire à abattre. En effet, la liberté et l'autogestion ne signifient pas grand-chose si chacun-e n'est pas d'abord libre de disposer de son corps et de gérer son cul. D'un point de vue libertaire, le seul critère éthique applicable à la sexualité devrait être le plein consentement des partenaires impliqué-e-s, quel qu'en soit le sexe et le nombre. Le fait que le modèle hétérosexuel est le plus répandu ne justifie en rien que les pratiques sexuelles différentes et plus marginales - qu'on peut appeler altersexualités - soient l'objet de préjudices légaux, physiques ou psychologiques. Être hétérosexuel-le, c'est comme être droitier-e: ce n'est pas "normal", c'est simplement commun.
La lutte contre l'homophobie a pris son essor à partir de 1969, lors d'une descente de police à New York dans un lieu de rencontre fréquenté par des personnes dites “homosexuelles”, le Stonewall Inn. Pour la première fois dans l'histoire, les client–e–s menaçé–e–s d'arrestation ont riposté aux flics par des jets de pierres et des coups de poing. Il s'en est suivi trois nuits d'émeutes qui sont devenues le symbole de la résistance contre l'oppression envers l'altersexualité. Dès 1970, une manifestation a été organisée à New York pour commémorer les émeutes des Stonewall. Depuis, cette manifestation s'est répétée chaque année, se vidant rapidement de son contenu politique, et a été reprise dans la plupart des grandes villes occidentales sous la forme d'un grand carnaval commercial: le Gay Pride Day.
Hélas, au lieu de réaliser son potentiel subversif, le mouvement de revendications issu des émeutes de Stonewall a pris un caractère réformiste et petit-bourgeois. Dans sa presque totalité, le mouvement de libération gai s'est borné à réclamer l'égalité à l'intérieur de l'État capitaliste sans remettre en question les fondements de celui-ci. Deux des principales revendications du mouvement gai sont d'ailleurs profondément inquiétantes: le droit au mariage, qui sanctionne l'encadrement juridique des relations affectives par l'État, et le droit à la carrière militaire, qui cautionne la violence étatique organisée. Certes, le mariage est un cabot édenté qui ne mord plus qu'avec un râtelier emprunté à la déesse Consommation, mais on s'étonne de voir le mouvement gai se soumettre à la logique du massacre érigée en système autoritaire, au nom de la défense de la patrie.
La montée du mouvement de libération gai se manifeste aussi par la multiplication d'une foule de commerces spécialisés qui carburent au profit et à la concurrence, exactement comme n'importe qu'elles autres entreprises capitalistes. La communauté gaie est de toute évidence un marché avant d'être une communauté. Inévitablement, ce marché engendre à son tour son lot d'inégalités. Qui dit "marché" dit aussi "consommateurs". C'est pourquoi le milieu gai est avant tout un monde d'hommes blancs aux revenus confortables, capables de payer les divertissements et les marchandises dont le système d'échange tient lieu de relations communautaires. De surcroît, l'imaginaire érotique qui sous-tend ce système d'échange fonctionne en idéalisant un modèle de beauté particulier: le jeune mec blanc, bien baraqué, bronzé et soigneusement coiffé, fringué à la dernière mode. Quiconque s'éloigne de ce modèle se trouve marginalisé par une pseudo-normalité homosexuelle aussi aliénante que la pseudo-normalité hétérosexuelle. Dehors les pauvres, dehors les vieux, les grassouillets et les gringalets, dehors les femmes...
Dans une perspective anarchiste, il va sans dire que la lutte contre l'homophobie ne saurait se réduire à une quête de tolérance acquise au prix d'une adaptation à la société capitaliste. Pour sortir du fade réformisme dans lequel le mouvement de libération gai s'est enfermé, il faut voir la lutte contre l'homophobie non pas comme un but qui se suffit à lui-même, mais plutôt comme un des aspects d'un combat radical contre le patriarcat. Le véritable enjeu de la lutte contre l'homophobie, c'est la destruction des catégories identitaires qui répartissent l'humanité de part et d'autre de frontières dont la seule fonction est de maintenir un système de domination et de
privilèges: hommes/femmes, hétérosexuel–le-s/homosexue-le-s, normal–e–s/déviant-e-s. Aussi pernicieuses que les frontières nationales, ces frontières sexuelles aplatissent la liberté en l'asservissant à des stéréotypes étriqués, et elles sèment la division à l'intérieur de la classe ouvrière en dressant les prolétaires les un-e-s contre les autres au nom d'une morale rétrograde et déshumanisante.
Heureusement, nous sommes loin de l'époque où Emma Goldman créait un malaise chez ses camarades anarchistes en parlant favorablement de l'homosexualité dans ses conférences. Dans la foulée de mouvements des années '70 comme le Front homosexuel d'action révolutionnaire et les Gouines rouges, et sous l'élan de la critique du patriarcat formulée par les féministes radicales, la lutte contre l'homophobie s'est installée dans la conscience politique des anarchistes, comme en témoigne l'émergence récente des Pink Blocks et des Panthères roses. Cependant, il faut aussi reconnaître que, dans nos actions et nos discussions, le combat contre le patriarcat et l'homophobie passe souvent au second plan, derrière des objectifs apparemment plus importants, comme la destruction du capital et l'abolition de l'État. C'est dommage, car on affaiblit ainsi un formidable moteur de révolte et de subversion. Quelles que soient nos préférences sexuelles, n'oublions pas que lutte de classes passe par le corps, et que notre cul est révolutionnaire.
(Publié pour la première fois dans le numéro 8 de Cause commune, automne 2005)