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mercredi 1 février 2012

L'autoroute de la désertion

Des politiciens en manque d'attention suggèrent l'idée de rebaptiser une autoroute. On propose de changer Henri IV pour "l'autoroute de la Bravoure".

Notre collectif est plutôt mitigé par rapport à cet épineux sujet. D'un côté, nous ne sommes pas trop fanas de la monarchie. De l'autre, nous avons quelques réticences envers l'institution militaire en général. Car sous le fallacieux prétexte d'"honorer nos soldats", c'est surtout un exercice de relation publique des forces armées royales dont il est ici réellement question.

Les partisans de l'histoire sont scandalisés qu'on songe à bafouer ainsi l'honneur d'Henri de Bourbon, un roi très très important. Les politiciens, la plupart de droite notons le, considèrent plutôt un grand honneur que de nommer un grand coulis d'asphalte de banlieue à la gloire des forces armées.

Mais, entre vous et moi, "bravoure", pour désigner "nos" soldats, n'est-ce pas une conception plutôt floue et abstraite? Les soldats afghans et les civils, tués par nos soldats, ne sont-ils pas, eux aussi, en quelque sorte, "braves"?

Nous, collectif anarchiste toujours sans nom, sommes préoccupés par cette question et souhaitons y apporter une modeste contribution.

Nous proposons plutôt un autre nom. Un nom qui devrait satisfaire les partisans de l'histoire et qui refléterait mieux la réalité patrimoniale québécoise. De plus, elle rendrait plus justement hommage aux hommes et aux femmes qui ont été enrôlés dans toutes les guerres passées et actuelles, que ce soit par la force ou par la nécessité. Nous proposons "l'autoroute de la désertion".

Les québécois ont toujours été de farouches opposants à la conscription. Champions de la poudre d'escampette, les conscrits québécois se sont, de tous temps, démarqués dans des disciplines telles que: le "coursage de la gendarmerie", le "camouflage dans le bosquet" et le "crosse en l'air et détale".

Lors d'une manifestation contre la conscription à Québec le 1er avril 1918, l'opposition à la guerre est si grande que quatre hommes sont tués lorsque l'armée ouvre le feu sur une foule. On trouve aujourd'hui un monument pour commémorer ces morts.

Mais si on souhaitait vraiment saluer le travail de nos soldats. Si on souhaitait vraiment les remercier. On pourrait commencer à leur offrir des services médicaux adéquats. Ne serais-ce que pour le stress post-traumatique. Mais surtout, on n'enverrait tout simplement pas des femmes et des hommes se faire sauter sur des mines aux quatre coins du monde. Si on était vraiment honnête, on condamnerait toutes les guerres maintenant et à jamais. Et là, on ferait réellement un vibrant et cohérent hommage.


Agrandir le plan

dimanche 29 janvier 2012

Grève du pain et des roses: Un tueur québécois?

L'assassin d'une militante de la grève du Pain et des roses en 1912 était-il Québécois? C'est une hypothèse que soutien une historienne après avoir révisé les données du recensement américain de 1900.

Massachussets, 1912. Des ouvrières, en majorité des femmes, débraient alors qu'on décide unilatéralement de faire passer leur semaine de travail de 56 à 54 heures. Parmi elles, un grand nombre de canadienne-françaises. C'est la "grève de Lawrence", mieux connu sous le nom du "Pain et des roses".

Le 29 janvier 1912, les grévistes paradent dans les rues de Lawrence. Mais cela dérape. La gréviste Anna LoPizzo est tuée d’une balle. Joseph Caruso, Joseph Ettor et Arturo Giovannitti, des syndicalistes, sont tenus responsables de son décès. Mais, plusieurs témoins indiquent que celui qui a tiré le coup de feu fatal n’est nul autre que le policier Oscar Benoit, qui ne sera jamais accusé. Quant à Caruso, Ettor et Giovannitti, ils seront acquittés le 26 novembre 1912.
Mmmh, Oscar Benoit. Ça sonne pas trop étasunien, italien ou polonais ça. Le recensement américain de 1900 indique que cet homme serait bel et bien un québécois.

Faut croire qu'il n'y a pas juste la main d'oeuvre qui se délocalise. La répression aussi.

À lire sur le blogue Patrimoine, Histoire et multimédia. Et pendant que vous y êtes, jetez un oeil sur de mystérieux attentats à la bombe à l'Assemblée Nationale en 1884.

jeudi 12 janvier 2012

La naissance de Vanier

Petite notion d'histoire populaire. Je met intégralement ici un extrait de la Comédie urbaine de Québec qui révèle des détails fascinants sur la naissance d'un quartier de Québec: Vanier.
"La propriété foncière joue un rôle dans l'appropriation politique des espaces. C'est le cas de Québec-Ouest (Vanier aujourd'hui) qui voit le jour en 1916 sous la pression des spéculateurs fonciers qui veulent attirer des travailleurs pour leur vendre des terrains. La pétition présentée au gouvernement provincial demandant que soit constitué en municipalité le secteur est de Petite-Rivière porte en effet principalement les noms des plus importants actionnaires des compagnies de spéculation, propriétaires de la majorité des terres de la future ville. De 1912 à 1914, la presque totalité des terres est achetée par des compagnies de spéculation dans la partie est de Petite-Rivière; cette municipalité garde malgré tout sa vocation agricole car son conseil, surtout formé d'agriculteurs, n'est pas intéressé à ce que les choses changent. Les compagnies de spéculation s'entendent alors pour fonder Québec-Ouest et se donner un conseil municipal sur lequel ils détiennent la majorité des sièges, orientant ainsi à leur guise le développement de la ville. Le contrôle par ces compagnies est tel que les réunions du conseil se tiennent jusqu'en 1929 dans leurs bureaux à Québec et, en période d'élections, la boite de scrutin est même située en dehors des limites de la municipalité. Les deux premiers maires n'ont jamais vécu dans "leur ville"; dans un tel contexte, il faut une injonction du service d'hygiène provincial pour forcer la ville à entreprendre des travaux d'adduction d'eau et d'égouts en 1924."
Une ville appartenant à des spéculateurs fonciers. Un paradis libertarien, quoi.

mercredi 19 octobre 2011

Un documentaire sur Norman Béthune en ligne

Une heure sur le médecin humaniste Normand Béthune, c'est ce que vous offre l'ONF dans un film documentaire disponible en ligne.
Fils de pasteur ontarien, il s'est dépensé sans compter au service des malades tout au long de sa vie : à Montréal d'abord; en France pendant la guerre 1914-1918; en Espagne en 1936, où il est parvenu à organiser un service de transfusion de sang pour les blessés de guerre; et en Chine en 1938, où il installa ses cliniques sur le front même et mourut à la suite d'une infection.
C'est un précurseur de la médecine sociale qui a abouti au Canada à l’assurance-maladie universelle à la fin des années 1960.

Puisque notre histoire est pillée par les nationalistes de tous crins, il est important de se réapproprier notre histoire populaire.

À voir sur ONF.ca.

vendredi 19 août 2011

[Pause kit-kat] «L'esprit de combativité» (2)


Le documentaire «Chartrand, le malcommode» est maintenant en ligne sur le site de TéléQuébec. Ça vaut vraiment la peine de le voir (surtout l'entendre en fait).

On se rend compte en le regardant que Michel Chartrand n'a pas commencé syndicaliste, socialiste et révolutionnaire, il l'est devenu. Michel Chartrand s'est radicalisé, a progressivement haussé le ton. C'est carrément visible à l'oeil nu. Plus les années avançait, plus il devenait Chartrand. Michel Chartrand, c'est le contre-exemple parfait dans une société qui compte sur le passage des ans pour nous faire rentrer dans le rang.

Oh, et, même si ça fait plaisir à entendre, c'est une exagération de dire que Michel Chartand était anarcho-syndicaliste (*). S'il l'est, c'est dans le sens bien particulier de la réthorique marxisante propre au syndicalisme des années 1970; pas au sens où les libertaires l'entendent.

____________________
(*) Alors qu'il n'y a jamais eu de fort courant anarcho-syndicaliste au Québec, la plupart des textes marxisant des années 1970 et 1980 --tel les histoires du mouvement syndical produit par les centrales-- en parlent. En gros, tout ceux et toutes celles qui, tout en étant anticapitalistes, se méfient des militant-e-s et organisations politiques et veulent que les syndicats se mêlent de politique de façon autonome sont qualifié d'anarcho-syndicalistes,

lundi 1 août 2011

Un camp de concentration à Beauport

Connaissez-vous Beauport? Lieu bucolique et enjôleur, sis auprès des majestueuses Chutes Montmorency. C'est l'exemple modèle d'une banlieue dortoir nord-américaine ou chacun doit faire cinq kilomètres en pick-up pour acheter sa pinte de lait à l'épicerie.

Tapis au fond des bungalows verdoyants, des piscines hors-terre et des hummers scintillants se trouve... un camp de concentration. That's right! Un vrai de vrai.
Il s'agit du premier camp de concentration permanent au Québec. Construit en 1914, il a servit de prison pour des gens de l'Europe pendant la Grande Guerre. Le camp se trouve dans le sous-sol du Manège militaire de Beauport, rue du Manège.

Il a servi à emprisonner environ 12 personnes à la fois entre 1914 et 1916. Les prisonniers étaient d’origine ukrainienne, austro-hongroise, suisse, russe, turque et allemande.

La Ukrainian Canadian Civil Liberties Association possède sur son site plusieurs intéressants documents dont une carte des camps canadiens de la Première Guerre. On voit qu'il y eut trois camps au Québec: À Beauport, Valcartier et en Abitibi, le camp de Spirit Lake.

1,200 immigrants ukrainiens, la plupart de pauvres hommes célibataires sans-emplois, sont passés au camp de Spirit Lake. Deux d'entre eux ont été descendus en tentant de s'échapper. 20 autres sont morts de tuberculose ou de pneumonie, des maladies très courantes chez les détenus. La plupart ne présentaient aucune menace à la sécurité nationale. Leur "crime" se résumait à être originaire d'un pays allié avec l'Allemagne.

Source: Les lieux secrets de Québec

jeudi 2 juin 2011

Mail Saint-Roch: On à la mémoire courte

L'histoire du mail Saint-Roch, c'est une drôle d'affaire. Pour certain, c'était un cauchemar. Pour d'autres, un chaud refuge. Pour moi en tout cas, ce n'est plus qu'un lointain souvenir... Pourtant sa destruction ne fut complétée qu'en 2007!

C'est le sujet de l'émission Tout le monde en parlait que l'on peut écouter en ligne.

C'est pas nécessairement un mauvais reportage. C'est bien de revoir des images et les témoignages des protagonistes de cette histoire. Mais c'est bizarre, le temps à le don de tordre la réalité dans l'esprit des gens. Loin d'être exhaustive, voici une liste de "détails" que le reportage "omet" de mentionner.

mardi 24 mai 2011

La Commune de Paris 2.0

Pour célébrer les 140 ans de la Commune de Paris, le collectif RaspouTeam a choisi de remettre la révolte parisienne de 1871 au goût du jour, affichant illustrations d'époque et mystérieux QR codes dans des lieux stratégiques de la capitale.

Une radio
Il y a même une émission de radio sur le sujet.
raspouteam.org/1871/?p=1875

Il n'y a pas de description des émissions malheureusement. L'émission du 15 avril aborde la question des femmes dans la commune.

Un journal
Amateurs de Street art, RaspouTeam édite aussi un journal
raspouteam.org/1871/

"Nous avons voulu faire revivre la Commune de Paris à travers 45 articles illustrés d'interventions urbaines, correspondant à autant d'événements que nous avons choisis pour raconter cette histoire, et douze émissions de radio."

Comme quoi on peut aborder un sujet du 19e siècle les deux pieds dans la modernité. Un message à retenir.

vendredi 4 février 2011

Pause Kit-Kat : Quebec History X de Webster



Que diriez-vous d'un peu de rap conscient en ce beau vendredi soir... La pièce Quebec History X, un Remix du classique du rappeur de Limoilou (extrait de l'album Le Vieux de la montagne).

vendredi 29 octobre 2010

La mémoire du ramoneur des pauvres revitalisé

La ville de Québec vient de rendre disponible une série de documentaire audio sur les personnages qui ont marqués la ville. Personnages populaires, leurs épigraphes ornent les murs des facades d'édifices.

Parmis ceux-ci, Luc-André Godbout, dit le ramoneur des pauvres. Personnage originaire du quartier St-Sauveur, il faisait toute sorte de besogne bénévolement. Les locaux du Comité de Citoyen et Citoyennes de St-Sauveur, dans lequel monsieur Godbout a déjà habité, portent son nom.

Pourquoi ne pas refaire le chemin de cet homme de cœur, profondément engagé?



epigraphes_godbout.mp3

Toutes les épigraphes sont disponible ici. Ceux qui sont accompagnés d'un document audio sont soulignés (Il y a un hyperlien sur leur nom).

Je vous suggère aussi d'écouter l'extrait sur Maurice Pollack, juif victime de persécution dans les années 30. "L'argent dépensé chez Pollack servira à financer les communistes" hurlent les fous de dieu à l'époque.

mardi 5 octobre 2010

[Histoire] Il y a 90 ans : Le fascisme met fin aux années rouges italiennes

Un texte extrait du numéro de septembre du mensuel Alternative libertaire

Quand, en septembre 1920, les plus grandes usines du nord de l’Italie sont occupées par des ouvriers et ouvrières en armes, une perspective révolutionnaire semble se dessiner après deux années de luttes intenses. La bourgeoisie a alors recours à un nouveau type de mouvement, le fascisme, pour mettre fin à ces « deux années rouges » (bienno rosso).


Ce premier bienno rosso, avant celui de 1968 et 1969, est le produit du massacre mondial, qui s’achève le 4 novembre 1918 pour l’Italie. Malgré une place parmi les puissances victorieuses, le pays est plongé dans une profonde crise sociale et politique, qui provoque l’irruption massive du prolétariat et de la paysannerie sur la scène politique. Comme dans les autres pays belligérants, le ralliement à la guerre d’une bonne partie du mouvement ouvrier [1], a poussé les classes populaires dans la « guerre patriotique » avec la promesse d’un avenir meilleur. Après avoir payé de son sang le prix fort pour cette guerre, la déception fut grande. Ces promesses ne furent tenues ni par la monarchie ni par la bourgeoisie, laquelle s’était énormément enrichie grâce à l’économie de guerre.

Le réveil de la lutte de classe

Le système industriel développé par la guerre ainsi que l’importante urbanisation des centres productifs du nord de l’Italie, a généré un prolétariat combatif et déterminé, qui a salué la Révolution des Soviets en Russie comme perspective pour l’Europe toute entière. En août 1917, à Turin, – grand centre de l’arsenal de guerre italien – des milliers de travailleurs et travailleuses descendent dans la rue pour exiger du pain et des aliments qui commencent à manquer et l’arrêt immédiat de la guerre. Cette insurrection antimilitariste turinoise est écrasée par l’armée royale. Le mouvement ouvrier laisse des dizaines de morts et de blessés et des centaines de travailleurs seront envoyés au front en représailles.

Dans tous les centres industriels du nord, le ferment révolutionnaire se référait à l’expérience soviétique. La victoire militaire désastreuse mettait en évidence la situation de la bourgeoisie, sortie du conflit militaire enrichie mais épouvantée par la lutte de classe qui se profilait et les révolutions russe et allemande. La monarchie était incapable d’affronter la transformation d’une économie de guerre, pas plus que de comprendre la situation déplorable de la grande masse des paysans qui réclamaient en vain une réforme agraire.

Alors que les ouvriers et ouvrières agricoles lancent des luttes pour améliorer leurs conditions de vie, dans les usines, l’exigence du contrôle ouvrier débouche en septembre 1919 sur la création de premiers Conseils d’usines, combattus par les forces syndicales, dont les pratiques réformistes sont remises en cause. Ils parviennent à s’imposer en quelques mois dans les grandes usines et à briser les directions patronales et leurs relais, les « Commissions internes » affiliées aux syndicats. La Chambre du travail de Turin (sorte de bourse du travail) reconnait les Conseils d’usine mais les dirigeants syndicaux restent méfiant envers cette organisation qui pratique et théorise la démocratie prolétarienne. Pour la première fois, cette expérience, s’éloigne de l’organisation syndicale pour emprunter la voie d’un parcours de classe autonome.

Deux tendances révolutionnaires…

Le 24 décembre 1919, une foule immense accueille le militant anarchiste Errico Malatesta sur le port de Gènes. Il revient de son exil londonien grâce à l’intervention de Giuseppe Giulietti, président de l’association des travailleurs de la mer, qui l’a transporté clandestinement jusqu’à Gènes. Les anarchistes sont extrêmement actifs dans ce mouvement et fondent une nouvelle organisation : l’Union des communistes anarchistes d’Italie, qui deviendra en juillet 1920, l’Union anarchiste italienne. La fondation du quotidien L’Humanité Nouvelle permet de lier toutes les initiatives de lutte sur l’ensemble du territoire national et d’affirmer la portée révolutionnaire et libertaire de ce mouvement né d’en bas. Pour convaincre la partie du prolétariat, habituée à une représentation syndicale et politique, qui hésite encore face à ce mouvement, les anarchistes diffusent leur vision d’une révolution, communiste et libertaire.

Mais la bonne audience des militants et militantes anarchistes tient aussi à leur forte implantation dans l’Union syndicale italienne (USI), et pour quelques dizaines de cadres ouvriers, dans la Confederazione generale del lavoro (Confédération générale du travail).

Mais c’est aussi, sans nul doute, la revue L’Ordre Nouveau d’Antonio Gramsci qui, depuis Turin, sut interpréter et alimenter l’expérience des Conseils. Angelo Tasca, Palmiro Togliatti, Antonio Gramsci et d’autres, dont les analyses fortement influencées par l’expérience soviétique ont mûri dans les rangs du courant maximaliste du Parti socialiste italien, ne tardent pas à entrer en conflit aussi bien avec la nomenclature syndicale qu’avec les dirigeants du PSI, hostiles aux Conseils d’usines, mais sortis victorieux des élections politiques de novembre 1919 et renforcés par le consensus électoral obtenu.

La réaction s’organise

Cependant, y compris dans les rangs du courant maximaliste [2], les divergences sont évidentes avec l’aile dirigée par Amedeo Bordiga. Celui-ci explique dans un article paru dans le journal napolitain Soviet intitulé « Prendre les usines ou prendre le pouvoir », que les Conseils sont un frein au projet bolchévique.

Les positions exprimées dans cet article trouvèrent un allié involontaire en la personne de Gino Olivetti, industriel et chef de la Confédération des industriels, une fusion de différentes organisations patronales qui s’unirent pour combattre le mouvement prolétaire. C’est ainsi que lors d’une réunion qu’il présidait et s’adressant à d’autres industriels turinois, il rappela qu’y compris Lénine, en Russie, avait dû mettre fin aux expériences de démocratie directe qui avaient constitué les bases organisationnelles de la révolution, dans la mesure où dans un contexte autogestionnaire, celles-ci ne permettaient ni l’efficacité, ni les résultats qui pouvaient être obtenus dans un système hiérarchisé de direction des usines.

Mais l’allié le plus important de la bourgeoisie n’apparaît qu’en mars 1919, à Milan, quand les Fasci de combattimento (faisceaux de combat) [3] sont fondés, avec à leur tête Benito Mussolini. Cette force politique ne remporte que quelques milliers de voies aux élections politiques de novembre. Son programme, publié en juin 1919 dans le Popolo d’Italia de Mussolini, mêle des revendications syndicales habituelles (journée de 8 heures, salaire minimum, confiscation de tous les biens des congrégations religieuses, etc.) à une culture futuriste [4] et nationaliste issue de l’interventionnisme militaire. Malgré la présence de quelques syndicalistes révolutionnaires qui avaient rejoint Mussolini à l’aube de la guerre, les revendications syndicales sont très vite mises de côté et le mouvement s’oriente clairement vers les intérêts des classes bourgeoises.

Vers la révolution ?

Durant les premiers mois de 1920, les luttes se multiplient ainsi que les occupations de terres et d’usines. L’augmentation des prix et de la répression gouvernementale conduisent à l’intensification de la lutte et accentuent la détermination du mouvement ouvrier.

En avril 1920, commence la grève des « aiguilles » [5] , appelée ainsi pour protester contre l’introduction de l’heure légale qui oblige les travailleurs à ne sortir de l’usine que lorsque tombe la lumière du jour. Rapidement la grève change de sens, réclamant le contrôle de la production, et s’étend à toutes les régions du nord, touchant des millions d’ouvriers et ouvrières, mais aussi de paysans et paysannes. Les cheminots refusent de transporter les troupes militaires destinées à la répression. Le fort mécontentement et les affrontements réguliers avec les forces de police font tomber le gouvernement présidé par Francesco Nitti, remplacé par Giovanni Giolitti [6].

Les industriels, refusant d’augmenter les salaires et de remettre la direction des usines, demandent à Giolitti une intervention répressive pour mettre fin aux mouvements de protestation qui se poursuivent avec des obstructions d’usine et des « grèves blanches ». À la campagne, les premiers affrontements ont lieu entre travailleurs en lutte et fascistes.

Fin août, les industriels tentent de lock outer les usines. Chez Alfa Roméo à Milan, où les ouvriers et ouvrières se battent contre les licenciements, l’usine est immédiatement occupée et les métallos prennent le chemin d’une lutte qui en deux jours armera les ouvriers dans toutes les usines du nord. Le rôle des Conseils d’usine s’avère alors déterminant : l’autonomie et l’action directe dans les usines, le succès grandissant et l’activité effrénée des mouvements communistes, anarchistes ou syndicalistes révolutionnaires, laissent entrevoir une issue révolutionnaire à la crise.

Place au fascisme

Giolitti refuse de répondre aux demandes formulées par les industriels d’évacuer les usines occupées par les travailleurs en armes mais engage une négociation avec le PSI et la CGL, qui se sont clairement refusés à diriger le mouvement insurrectionnel, et acceptent le 10 septembre que la direction des usines retourne aux mains des propriétaires, simplement contrôlés par des Commissions syndicales. Il s’agit en définitive, de signer la défaite des Conseils d’usines qui durent depuis deux ans et de restaurer le pouvoir capitaliste.

La Federazione impiegati operai metallurgici (FIOM), le plus important syndicat de la métallurgie, organise un référendum parmi les travailleurs le 23 septembre. Le découragement dû à la trahison de la CGL et du PSI commence à faire reculer les luttes. Seule l’Union syndicale italienne avec une forte présence de militants et militantes libertaires et communistes, conserve une position critique et ferme sur l’épilogue d’une lutte qui aurait pu connaître un tout autre succès.

La dynamique du mouvement cassée, il ne reste plus qu’à réprimer les principaux protagonistes. En plus de la répression étatique, le fascisme sponsorisé par les industriels, commence son œuvre criminelle : des centaines de dirigeants politiques, de syndicalistes, de travailleurs et travailleuses en lutte sont assassinés. Les prisons d’État se remplissent de subversifs. Ce que Luigi Fabbri [7] nommera « la contre révolution préventive » a débuté, ouvrant ainsi tout grand la voie à 25 années de dictature fasciste [8].

Selon Fabbri, « le fascisme répond à la nécessité de défendre les classes dirigeantes dans la société moderne ». La fracture entre prolétariat et bourgeoisie mise en évidence dans le contexte de l’après guerre en Italie mais aussi dans d’autres pays d’Europe, avait posé les bases d’un affrontement de survie conduisant à l’affaiblissement de l’État libéral. [9]

L’analyse de Fabbri a été sans aucun doute une des plus lucides et mieux argumentées sur la défaite du prolétariat. La guerre en tant que catalyseur des courants nationalistes imbus d’héroïsme futuriste, le mépris du parlementarisme socialiste et bourgeois et le culte de la violence et de la mort ont alimenté une soumission politique et intellectuelle d’une grande partie des masses populaires. Le fascisme, fils de la première guerre mondiale, devint l’outil de la défense des intérêts de la bourgeoisie et de la machine d’État.

Gino Caraffi (FDCA, Italie)



Repères : Le premier bienno rosso italien

1919

Mars : Occupations des usines à Bergame.

23 mars : Fondation à Milan des Fasci di combattimento de Benito Mussolini.

12 au 14 avril : Constitution de l’Union anarchiste d’Italie à Florence.

15 avril : Le siège du quotidien socialiste Avanti ! à Milan est saccagé par les fascistes.

1er mai : Sortie du premier numéro du journal L’Ordine Nuovo d’Antonio Gramsci.

Août : Ample mouvement de lutte pour l’occupation des terres.

Novembre : La FIOM, syndicat des métallurgistes de Turin, reconnaît la constitution des « conseils ouvriers d’usine », à travers l’élection des commissaires d’atelier.

16 novembre : Élections politiques, le PSI devient le premier parti.
1920

Février : Début de la publication, à Milan, de Umanità Nova, dirigée par Malatesta.

27 mars : L’Ordine Nuovo lance un appel, signé par des socialistes et des libertaires, à un congrès national des Conseils d’usines. Ce congrès n’aura jamais lieu.

24 avril : Après 10 jours de grève générale dans le Piémont, l’armée impose le retour au travail.

Juin : Début du gouvernement Giolitti qui succède à Francesco Nitti.

4 juillet : Fondation de l’Union anarchiste italienne au congrès de Bologne.

30 août : Annonce de la fermeture de l’usine Alfa Roméo de Milan, immédiatement occupée. En quelques jours, la plupart des usines du Nord sont occupées, et souvent la production est relancée en autogestion.

15 septembre : Après des négociations avec la CGL, Giolitti annonce la création d’une commission paritaire d’étude pour préparer une loi sur « l’intervention des ouvriers dans le contrôle technique et financier et dans l’administration entreprises ».

25 septembre : Suite au référendum de la FIOM, beaucoup d’usines sont évacuées.

15 octobre : Errico Malatesta est arrêté, 3 jours après Armando Borghi, secrétaire général de l’USI et militant anarchiste. Ils sont considérés comme responsables des occupations d’usines à Milan.

21 octobre : Les 25 délégués de l’USI, réunis à Bologne, sont arrêtés.



Notes

[1] Benito Mussolini, rédacteur en chef du quotidien socialiste Avanti ! lance le « Popolo d’Italia » en 1914 pour militer en faveur de l’intervention de l’Italie contre l’Autriche-Hongrie.

[2] Ce courant maximaliste donnera naissance au Parti communiste d’Italie en janvier 1921.

[3] Le terme fait référence aux faisceaux, assemblage de verges liées autour d’une hache, qui représentaient l’unité du peuple et l’autorité de Rome dans l’antiquité.

[4] Le futurisme est un mouvement artistique et littéraire d’origine italienne, né peu avant la guerre de 1914, qui fait l’apologie de la modernité et de la vitesse. Certains futuristes, dont le fondateur du mouvement Filippo Marinetti, rejoindront le fascisme.

[5] Il s’agit des aiguilles de la montre, symbole de la soumission aux temps de l’exploitation.

[6] Alors âgé de 78 ans, Giolitti est le principal dirigeant italien des années 1900-1914, pendant lesquelles il avait fait voter le droit de grève et le suffrage universel masculin.

[7] Luigi Fabbri est l’un des principaux militants anarchistes italien.

[8] Les faisceaux deviennent le Parti national fasciste en novembre 1921. Mussolini est appelé au pouvoir, par le roi Victor Emmanuel III, le 30 octobre 1922

[9] Le gouvernement libéral, attaché aux formes « démocratiques », comme celui de Giolitti qui avait négocié avec les socialistes et syndicalistes « responsables », semble dépassé pour la bourgeoisie.
Related Link: http://www.alternativelibertaire.org

mercredi 8 septembre 2010

Les deux derniers épisodes des Fils de la nuit

RAPPEL: Voix de faits et CKIA se sont associés pour diffuser le feuilleton radiophonique « Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » à raison de deux épisodes par semaine.


Au menu cette semaine


Épisode 19 - La démobilisation des volontaires étrangers




Episode19.mp3


Épisode 20 - Épilogue Marseille 1974-1976




Episode20.mp3

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« Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » est diffusé tous les mercredi de l'été, de 23h à 24h sur les ondes de CKIA 88,3 FM (rediffusion en podcast dès le lendemain sur notre blogue pour les gens de l'extérieur et les couche-tôt).

Ce feuilleton est basé sur les mémoires qu'Antoine Gimenez, milicien du groupe international de la colonne Durruti, a écrit au milieu des années 1970. Il comporte vingt épisodes d’une demie-heure (que nous diffuserons deux par deux). Chaque épisode est construit autour de la lecture des chapitres de ses mémoires, précédée d’une présentation du contexte de la guerre et de la révolution, et suivie de commentaires cherchant à approfondir certains points soulevés par le document.

Le feuilleton a été produit en 2005 par le collectif français « Les Giménologues ». Après leur diffusion en feuilleton, les mémoires ont été publiées en 2006 sous la forme d’un ouvrage intitulé « Les Fils de la Nuit. Souvenirs de la Guerre d’Espagne », en coédition avec l’Insomniaque. Le livre est malheureusement épuisé mais on peut le trouver en format pdf sur le site de l'éditeur : http://insomniaqueediteur.org/spip/spip.php?article62

jeudi 26 août 2010

Deux épisodes des Fils de la nuit, le feuilleton radio sur la guerre d'Espagne

RAPPEL: Voix de faits et CKIA se sont associés pour diffuser le feuilleton radiophonique « Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » à raison de deux épisodes par semaine.


Au menu cette semaine


Épisode 17 - L'attaque contre le communisme libertaire




Episode17.mp3


Épisode 18 - La perte de l'Aragon ou le commencement de la fin




Episode18.mp3

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« Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » est diffusé tous les mercredi de l'été, de 23h à 24h sur les ondes de CKIA 88,3 FM (rediffusion en podcast dès le lendemain sur notre blogue pour les gens de l'extérieur et les couche-tôt).

Ce feuilleton est basé sur les mémoires qu'Antoine Gimenez, milicien du groupe international de la colonne Durruti, a écrit au milieu des années 1970. Il comporte vingt épisodes d’une demie-heure (que nous diffuserons deux par deux). Chaque épisode est construit autour de la lecture des chapitres de ses mémoires, précédée d’une présentation du contexte de la guerre et de la révolution, et suivie de commentaires cherchant à approfondir certains points soulevés par le document.

Le feuilleton a été produit en 2005 par le collectif français « Les Giménologues ». Après leur diffusion en feuilleton, les mémoires ont été publiées en 2006 sous la forme d’un ouvrage intitulé « Les Fils de la Nuit. Souvenirs de la Guerre d’Espagne », en coédition avec l’Insomniaque. Le livre est malheureusement épuisé mais on peut le trouver en format pdf sur le site de l'éditeur : http://insomniaqueediteur.org/spip/spip.php?article62

samedi 21 août 2010

Deux épisodes des Fils de la nuit, le feuilleton radio sur la guerre d'Espagne

RAPPEL: Voix de faits et CKIA se sont associés pour diffuser le feuilleton radiophonique « Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » à raison de deux épisodes par semaine.


Au menu cette semaine


Épisode 15 - La contre-révolution à l'oeuvre




Episode15.mp3


Épisode 16 - La guerre industrielle




Episode162.mp3

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« Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » est diffusé tous les mercredi de l'été, de 23h à 24h sur les ondes de CKIA 88,3 FM (rediffusion en podcast dès le lendemain sur notre blogue pour les gens de l'extérieur et les couche-tôt).

Ce feuilleton est basé sur les mémoires qu'Antoine Gimenez, milicien du groupe international de la colonne Durruti, a écrit au milieu des années 1970. Il comporte vingt épisodes d’une demie-heure (que nous diffuserons deux par deux). Chaque épisode est construit autour de la lecture des chapitres de ses mémoires, précédée d’une présentation du contexte de la guerre et de la révolution, et suivie de commentaires cherchant à approfondir certains points soulevés par le document.

Le feuilleton a été produit en 2005 par le collectif français « Les Giménologues ». Après leur diffusion en feuilleton, les mémoires ont été publiées en 2006 sous la forme d’un ouvrage intitulé « Les Fils de la Nuit. Souvenirs de la Guerre d’Espagne », en coédition avec l’Insomniaque. Le livre est malheureusement épuisé mais on peut le trouver en format pdf sur le site de l'éditeur : http://insomniaqueediteur.org/spip/spip.php?article62

vendredi 13 août 2010

Quatre épisodes des Fils de la nuit

Voix de faits et CKIA se sont associés pour diffuser le feuilleton radiophonique « Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » à raison de deux épisodes par semaine. Comme on a eu des problèmes de serveur la semaine dernière, voici 4 épisodes en rafale...

Au menu cette semaine


Épisode 11 - La guerre dévore la révolution




Episode11.mp3


Épisode 12 - L'affaire Ruano




Episode12.mp3


Épisode 13 - La mort de Durruti




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Épisode 14 - La bataille de Barcelone




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« Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » est diffusé tous les mercredi de l'été, de 23h à 24h sur les ondes de CKIA 88,3 FM (rediffusion en podcast dès le lendemain sur notre blogue pour les gens de l'extérieur et les couche-tôt).

Ce feuilleton est basé sur les mémoires qu'Antoine Gimenez, milicien du groupe international de la colonne Durruti, a écrit au milieu des années 1970. Il comporte vingt épisodes d’une demie-heure (que nous diffuserons deux par deux). Chaque épisode est construit autour de la lecture des chapitres de ses mémoires, précédée d’une présentation du contexte de la guerre et de la révolution, et suivie de commentaires cherchant à approfondir certains points soulevés par le document.

Le feuilleton a été produit en 2005 par le collectif français « Les Giménologues ». Après leur diffusion en feuilleton, les mémoires ont été publiées en 2006 sous la forme d’un ouvrage intitulé « Les Fils de la Nuit. Souvenirs de la Guerre d’Espagne », en coédition avec l’Insomniaque. Le livre est malheureusement épuisé mais on peut le trouver en format pdf sur le site de l'éditeur : http://insomniaqueediteur.org/spip/spip.php?article62

mardi 10 août 2010

Georges Fontenis : une figure internationale du communisme libertaire nous a quittés

Nous avons reçu ce communiqué de nos camarades d'Alternative libertaire annonçant le décès de Georges Fontenis. Triste nouvelle. La biographie de G. Fontenis dont il est question est disponible à la librairie sociale autogérée La Page Noire.

Georges Fontenis : une figure internationale du communisme libertaire nous a quittés

C’est une des dernières personnalités du mouvement anarchiste des années 1940-1950 qui vient de disparaître avec Georges Fontenis, décédé à Tours le 9 août 2010 dans sa quatre-vingt-dixième année. Il restera, dans la mémoire du mouvement ouvrier, comme un infatigable combattant du communisme libertaire, un acteur du soutien aux indépendantistes algériens, un syndicaliste de l’École émancipée, un des animateurs de Mai 68 à Tours et un des piliers de la Libre-Pensée d’Indre-et-Loire. Jusqu’à ses derniers jours, il a été adhérent d’Alternative libertaire.

Issu d’une modeste famille ouvrière des Lilas, Georges Fontenis fut projeté dans le militantisme anarchiste par Juin 36 et l’enthousiasme pour la Révolution espagnole. Membre de la CGT clandestine sous l’occupation, ce jeune instituteur à Paris 19e devint, à la Libération, un des militants les plus en vue de la Fédération anarchiste (FA). Dès 1946, il fut élu secrétaire général de cette organisation, véritable pôle de résistance à l’hégémonie stalinienne dans le mouvement ouvrier de l’époque.

Très proche des Espagnols de la CNT-FAI en exil, Georges Fontenis fut, en 1946-1950, un des promoteurs de la CNT française (CNT-F), qui se présentait comme une alternative à la CGT stalinisée et à une CGT-FO atlantiste. Après l’effondrement de la CNT-F en 1950, il rejoignit la Fédération de l’Éducation nationale (FEN) et fut actif au sein de sa tendance syndicaliste révolutionnaire, l’École émancipée.

Georges Fontenis fut ensuite un des principaux protagonistes des luttes d’orientation qui déchirèrent l’organisation anarchiste en 1951-1953, et qui aboutirent à la transformation de la FA en Fédération communiste libertaire (FCL). Il devait en garder, par la suite, une réputation sulfureuse. Il s’en expliqua dans ses Mémoires, publiés une première fois en 1990. Réédités en 2008 par les éditions d’Alternative libertaire sous le titre Changer le monde, ces Mémoires constituent une pièce de premier ordre pour les historiens de l’anarchisme, mais aussi une forme de bilan politique de cette période, non exempt d’autocritique.

Quand éclata l’insurrection algérienne de la Toussaint 1954, la FCL s’engagea dans le soutien aux indépendantistes et Georges Fontenis mit sur pied, avec ses camarades, un des tout premiers réseaux de « porteurs de valises ». Ce n’est cependant pas son action clandestine, mais sa propagande au grand jour qui valut à la FCL d’être démantelée par la répression. Interpelé par la DST au terme de plusieurs mois de cavale, Georges Fontenis passa près d’un an en prison et fut définitivement proscrit de l’Éducation nationale en Région parisienne. Cette période a été racontée dans un documentaire de 2001, Une résistance oubliée (1954-1957), des libertaires dans la guerre d’Algérie.

Après sa libération, Georges Fontenis s’installa dans la région tourangelle, qu’il ne devait plus quitter. La FCL étant détruite, il continua néanmoins son action dans les réseaux de soutien à l’indépendance algérienne.

Il fut de nouveau appelé à jouer un rôle en mai-juin 1968, en étant un des principaux animateurs du Comité d’action révolutionnaire de Tours. Dans la foulée, il tenta de relancer un Mouvement communiste libertaire (MCL), fortement teinté de conseillisme, mais qui fut un échec. Il devait par la suite adhérer, en 1980, à l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL), puis à Alternative libertaire.

La vie de Georges Fontenis a, pendant plusieurs décennies, été liée au mouvement ouvrier et à son courant libertaire. Il en a partagé les avancées, les reculs et les luttes passionnées. Militant politique, il savait tirer les enseignements des échecs sans céder au découragement. Mais l’itinéraire de Georges Fontenis fut aussi un itinéraire personnel. Façonné par l’anarchisme, il voulut le transformer en profondeur. Pour cela, il fut vivement décrié par certains, et considéré par d’autres, en France et ailleurs, comme une référence. Son bilan forme-t-il pour autant un bloc, à prendre ou à laisser ? Nullement. Mais Alternative libertaire et, au-delà, le courant communiste libertaire international savent ce qu’ils lui doivent, et c’est pour cette raison que nous rendons hommage à un homme qui, désormais, appartient à l’Histoire.

Les militants qui l’ont côtoyé dans ses combats en garderont, pour beaucoup, le souvenir d’un camarade chaleureux, bon vivant, doué d’humour et d’une grande lucidité. C’est encore l’image qu’il laisse dans le documentaire qui lui a été consacré en 2008, Georges Fontenis, parcours libertaire.

AL assure sa compagne Marie-Louise ainsi que sa famille de sa solidarité dans ce moment douloureux. Le mensuel Alternative libertaire saluera longuement Georges Fontenis dans son numéro de septembre. Nous envisagerons également l’organisation d’un événement public en son souvenir à l’automne, probablement à Tours.

Alternative libertaire, le 10 août 2010

[video] Free voice of labor / Fraye Arbeter Shtime



La semaine dernière j'ai publié une minute du patrimoine révolutionnaire sur une chanson anars yiddish. Le vidéo qui l'accompagnait était un extrait d'un documentaire réalisé en 1980 sur le mouvement anarchiste juif américain. Je n'avais pas réalisé que le film était en ligne. Le voici. C'est en anglais mais ça vaut le détour... Comme on dit, «défaites vos idées toutes faites sur l'anarchie»!

mercredi 4 août 2010

La minute du patrimoine révolutionnaire: Hey, hey, daloy politsey! (À bas la police!)

La minute du patrimoine est une chronique musicale. L'idée est de faire connaître l'histoire et les dessous de certaines chansons révolutionnaires.

Cette semaine: Hey, hey, daloy politsey! (À bas la police!)




J'ai découvert cette chanson par hasard, grâce à Face book (honte à moi!). Il s'agit d'un classique du mouvement révolutionnaire juif / yiddish. Selon ce que j'ai compris, c'est Zalman Mlotek qui l'a enregistré pour le documentaire Free Voice of Labor: The Jewish Anarchists (1980). Le clip de You Tube est d'ailleurs tiré de là. Apparemment qu'il l'a appris de sa mère.

Il semble que cette chanson ait eu une origine dans le mouvement anarchiste mais que les socialistes du Bund ne la dédaignait pas non plus. Bref, un truc non-sectaire! Qui sait, peut-être pouvions-nous entendre des membres de Frayhayt la chanter au début du siècle, dans le bout du boulevard Saint-Laurent, à Montréal...

Plus d'info (en anglais)

Traduction rapide (d'après cette traduction anglaise, qui est légèrement différente des sous-titres du vidéo).

À bas la police!

Partout oû vous allez, dans toutes les rues
Vous entendez le mécontentement.
Les hommes, les femmes et les enfants
Parlent de grèves.

Frères, assez de travaux abrutissants
Assez d’emprunts et de prêts,
On tombe en grève,
Frères, libérons-nous!

Frères et sœurs, joignons les mains,
Et brisons les murs du petit tsar Nikolai!

Hé, hé à bas la police!
À bas l’aristocratie russe!

Frères et sœurs, rassemblons nous,
Ensemble nous sommes assez forts
Pour faire tomber ce tsar!
Hé, hé…

Frères et sœurs, laissons faire les formalités,
Raccourcissons les années du petit Nikolai!
Hé, hé…

Hier il conduisait
Un petit wagon plein d’ordure,
Aujourd’hui c’est un capitaliste!
Hé, hé…

Frères et sœurs, rassemblons nous,
Enterrons le petit Nikolai avec sa mère!
Hé, hé…

Cosaques et gendarmes,
Descendez de vos chevaux!
Le tsar de Russie est déjà mort et enterré!
Hé, hé…


jeudi 29 juillet 2010

Trois épisodes des Fils de la nuit

Voix de faits et CKIA se sont associés pour diffuser le feuilleton radiophonique « Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » à raison de deux épisodes par semaine. Comme la semaine dernière on a pas été capable, de téléverser le deuxième épisode, on en poste 3 cette semaine. [bande de veinard-e-s!]

Au menu cette semaine


Épisode 8 - La république sabote la guerre




Episode8.mp3


Épisode 9 - Perdiguera




Episode9.mp3


Épisode 10 - Barcelone, très loin du front




Episode10.mp3

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« Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » est diffusé tous les mercredi de l'été, de 23h à 24h sur les ondes de CKIA 88,3 FM (rediffusion en podcast dès le lendemain sur notre blogue pour les gens de l'extérieur et les couche-tôt).

Ce feuilleton est basé sur les mémoires qu'Antoine Gimenez, milicien du groupe international de la colonne Durruti, a écrit au milieu des années 1970. Il comporte vingt épisodes d’une demie-heure (que nous diffuserons deux par deux). Chaque épisode est construit autour de la lecture des chapitres de ses mémoires, précédée d’une présentation du contexte de la guerre et de la révolution, et suivie de commentaires cherchant à approfondir certains points soulevés par le document.

Le feuilleton a été produit en 2005 par le collectif français « Les Giménologues ». Après leur diffusion en feuilleton, les mémoires ont été publiées en 2006 sous la forme d’un ouvrage intitulé « Les Fils de la Nuit. Souvenirs de la Guerre d’Espagne », en coédition avec l’Insomniaque. Le livre est malheureusement épuisé mais on peut le trouver en format pdf sur le site de l'éditeur : http://insomniaqueediteur.org/spip/spip.php?article62

vendredi 23 juillet 2010

L'épisode 7 des Fils de la nuit

Voix de faits et CKIA se sont associés pour diffuser le feuilleton radiophonique « Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » à raison de deux épisodes par semaine.

Au menu cette semaine


Épisode 7 - Un automne crucial




Episode7.mp3


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« Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 - 9 février 1939 » est diffusé tous les mercredi de l'été, de 23h à 24h sur les ondes de CKIA 88,3 FM (rediffusion en podcast dès le lendemain sur notre blogue pour les gens de l'extérieur et les couche-tôt).

Ce feuilleton est basé sur les mémoires qu'Antoine Gimenez, milicien du groupe international de la colonne Durruti, a écrit au milieu des années 1970. Il comporte vingt épisodes d’une demie-heure (que nous diffuserons deux par deux). Chaque épisode est construit autour de la lecture des chapitres de ses mémoires, précédée d’une présentation du contexte de la guerre et de la révolution, et suivie de commentaires cherchant à approfondir certains points soulevés par le document.

Le feuilleton a été produit en 2005 par le collectif français « Les Giménologues ». Après leur diffusion en feuilleton, les mémoires ont été publiées en 2006 sous la forme d’un ouvrage intitulé « Les Fils de la Nuit. Souvenirs de la Guerre d’Espagne », en coédition avec l’Insomniaque. Le livre est malheureusement épuisé mais on peut le trouver en format pdf sur le site de l'éditeur : http://insomniaqueediteur.org/spip/spip.php?article62