mardi 20 novembre 2007

Une critique anarchiste du PCR (cinquième partie)

Texte soumis à la discussion («ce n'est qu'un début», refrain connu...)

Ils sont anticapitalistes et antinationalistes, boycottent les élections et l’État, se disent communistes et révolutionnaires. Ils sont très critiques de l’institutionalisation des mouvements sociaux et conspuent les leaders de la gauche réformiste. Dans les manifestations, ils sont souvent masqués et n’hésitent pas à recourir à l’action directe. À priori, les maoïstes du Parti communistes révolutionnaire (PCR) sont proche des anarchistes. Et pourtant… Un fossé sépare nos conceptions du monde et de la stratégie révolutionnaire.

5. Le parti et les masses


Une critique anarchiste du PCR
Déjà paru:
Pour les maoïstes, «bâtir et édifier le nouveau Parti communiste révolutionnaire du prolétariat canadien est la tâche numéro un». Cette priorité induit une pratique sociale et politique arrogante, auto-référentielle et, à la limite, opportuniste. Que comprendre d’autre quand le PCR écrit lui-même dans son programme : «Tout ce qu'on fait, les positions qu'on défend, les actions qu'on mène et celles qu'on initie, doit concourir à l'objectif de la construction et du renforcement du parti»? Examinons ça de plus près.

Le PCR, comme nous l’avons vu, est persuadé d’avoir la science infuse prolétarienne : le marxisme-léninisme-maoïsme (MLM). Cela ne l’empêche pas d’être particulièrement arrogant avec les prolétaires, en effet, selon son Programme, «spontanément, la conscience prolétarienne, même dans sa forme la plus radicale, ne va jamais plus loin que la révolte» et «pour passer de la révolte à la révolution, il faut que la minorité de prolétaires qui ont déjà accédé à la conscience révolutionnaire, de par leur expérience mais surtout parce qu'ils et elles sont entréEs en contact avec la théorie révolutionnaire, soit organisée». Même là, que les prolétaires s’organisent ne suffit pas, selon les maoïstes ça prend surtout une idéologie, la leur. Une fois de plus les intellectuelLEs, étudiantEs et ex-étudiantEs, se donnent le beau rôle : directeur de conscience pour prolos révoltés en mal «d’idéologie strictement prolétarienne».

Selon les maoïstes, leur parti «assume à la fois des fonctions d’organisation et d’éducation». En matière d’éducation, le PCR défend une vision assez classique merci : «l'éducation, le parti la réalise principalement au moyen de l'agitation et de la propagande communistes, par la publication de journaux et de revues, la diffusion de tracts, l'intervention parmi les larges masses, l'organisation de cercles d'étude et de groupes de discussion, etc.» Bref, un ensemble de moyens d’intellos (y’ont jamais entendu parler d’éducation populaire?). Pour ce qui est du travail d’organisation, il s’agit, «en particulier», du «ralliement progressif et systématique des éléments les plus avancés au sein du prolétariat» (sur la base de l’adhésion aux idées du parti, je présume). Le plus drôle, surtout venant de marxistes, c’est que les maoïstes sont convaincu que «c'est ainsi, et seulement ainsi - par l'agitation, la propagande et l'éducation - que le parti en arrivera à orienter et à diriger le mouvement des masses». À croire que les idées (du PCR) mènent le monde, une position idéaliste s’il en est.

Le PCR reconnaît, heureusement, que la révolution «ne saurait se produire sans la participation des plus larges masses». «Les masses font l’histoire» écrivent les maoïstes et, si le parti dirige, oriente et propose, les masses, elles, disposent (je paraphrase). Quel est leur rôle au juste et quelle relation le parti veut-il entretenir avec elles? Et bien, le PCR «s'appuie sur elles pour mener à bien ses tâches et ses activités». Concrètement, «le Parti communiste révolutionnaire cherche en toutes circonstances à se lier aux masses», notamment en utilisant «les méthodes d'enquête, non seulement pour mieux connaître leur situation, mais aussi pour bien cerner leur état d'esprit». Les masses, comme les prolétaires, ont besoin d’un peu d’aide pour développer les bonnes idées, c’est pourquoi le PCR «recueille les idées des masses et retient et systématise celles qui sont les plus justes».

Quelle relation le PCR entretient-il avec les organisations de masse? La question se pose parce que le parti condamne à peu près toutes les organisations réellement existantes. Selon le Programme, «elles [les masses] sont majoritairement organisées (quand elles le sont) par tout un réseau d'organismes et d'instances qui sont pour la plupart, à un degré ou à un autre, intégrés à l'appareil d'État». Les maoïstes poursuivent en écrivant que «trop souvent, ces organisations contribuent soit à étouffer leur combat, soit à le détourner de la cible, empêchant ainsi le développement de la lutte prolétarienne contre la bourgeoisie et son État».

Selon les maoïstes, «trop souvent, les communistes au Canada se sont limités à vouloir prendre la tête des organisations de masse déjà existantes, notamment des syndicats, sans s'assurer que cela correspondait à une influence réelle à la base» alors que «le rôle du parti est plutôt d'aider les masses prolétariennes à diriger elles-mêmes leur propre mouvement, leurs propres organisations, de sorte à ce qu'elles soient éventuellement en mesure de diriger la société tout entière». Jusqu’ici, tout va bien. Le problème c’est que, «dans le cas où telles organisations ne sont pas entièrement inféodées à l'État», les maoïstes se proposent de «mener certaines luttes pour les démocratiser, pour écarter la ligne bourgeoise, faire triompher la ligne prolétarienne et éventuellement les conquérir». Et si jamais le parti juge que les organisations sont inféodé à l’État, le PCR se propose tout simplement «d’aider les masses à s'en débarrasser et à les détruire». Il faut croire que les maoïstes ne font pas le même bilan que nous des années 1970 où les ML ont paralysés pendant des mois certaines organisations populaires en forçant des débats sur le sexe des anges pour en prendre le contrôle et en ont liquidé des dizaines d’autres…

En dehors de ça, le PCR annonce qu’il «encouragera systématiquement les masses à se doter d'organisations authentiquement prolétariennes, entièrement autonomes de l'État et des multiples réseaux qu'il organise et contrôle». En plus de les fonder directement au besoin, les maoïstes savent déjà que «l’ensemble de ces organisations s'inscriront dans la construction et le développement de tout un réseau, autour du parti et de l'armée révolutionnaire, qui sera appelé à constituer l'embryon du nouveau pouvoir». Semble-t-il que «c'est au nom de ces nouvelles organisations, authentiquement prolétariennes, avec lesquelles elles auront appris à se défendre, à se battre et surtout à se diriger elles-mêmes avec l'aide du parti, que les masses se soulèveront». Ce qu’il faut donc comprendre c’est que quand les maoïstes parlent «des masses», ils et elles parlent en fait de leur réseau de clubs écoles (Front rouge des jeunes et cie) et de leur seulEs sympathisantEs. En d’autres mots, le parti veut se substituer aux masses.

La suite… un autre jour !


Nicolas Phébus, 20 novembre 2007

P.S.: Je me base essentiellement sur le Programme du PCR pour faire cette critique

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Et pourquoi pas sortir les groupes philippiens ou du vénézuela comme étant la "masse" ?


Je veux dire on peut la faire la liste. Mais concrètement, qu'est-ce que sa apporte au débat sur les masses et les révolutionnaires?
Ton exercice théorique est louable, mais pourquoi aller dans les coups bas.

Tu veux créer les débats, mais à ce niveau là, moi je débarque.

Nicolas a dit…

Je ne suis pas sur que je te suis. La seule chose que je comprend c'est que mon style baveux t'indispose. Mais, pour le reste, pourrais-tu être plus clair?

Anonyme a dit…

La majorité des "faits" rapportés dans cette critique sont en fait des interprétations déplacées et, visiblement, intéressées du programme du Parti.

Ce sont là de pures suppositions sur les intentions de l'organisme quant à la révolution ou, dans un cas second, une bien faible connaissance de ce qu'est un parti communiste ou son action propagandiste.

Le rôle d'un parti communiste est d'unir les luttes du prolétariat pour les sortir de leur cadre isolé et donner le sens et la force politique à l'implication populaire dont elle a besoin pour réaliser la pleinitude de son potentiel. De dire que c'est là l'imposition idéologique et la domination du parti sur les masses est l'oeuvre d'un ignard ou d'un escroc.

La totalité de l'article tourne autour de cette parnoïa démesurée, cette crainte de la science politique. Jouissez faussement de votre vocabulaire hypocrite qui vous plonge dans l'inefficacité et l'inaction, votre article est démagogique et symbolise très bien votre absence de racine populaire.

Nicolas a dit…

Cause toujours anonyme, je ne vois aucune réfutation, seulement des attaques ad hominem.

D'ailleurs, tu ne dois pas savoir qui je suis pour écrire de telles âneries.

Anonyme a dit…

Sache, monsieur Nicolas Phébus, que ton identité m'est loin d'être inconnue.

À propos de la mention comme de quoi aucune réfutation n'est présente dans mon commentaire, il serait d'importance capitale de se référer à la partie centrale du message, le corps, qui porte sur l'action d'un parti communiste en tant qu'élément rassembleur et centralisateur des luttes populaires plutôt qu'en tant que sape de la révolution.

L'essence même de cet élément est directement de se doter d'un moyen d'analyser collectivement la problématique et de la combattre de la même façon. Ce que vous considérez comme étant autoritaire est en fait une standardisation de la lutte sociale, l'avancement des sciences humaines.

Arrête de t'enfler la tête avec ton petit savoir institutionnel, quand est-ce que tu nous dis que tes professeurs d'université t'ont enseigné que le communisme a fait des millions de morts comme argument dissuasif?

Nicolas a dit…

C'est ce que je disais, tu ne sais pas qui je suis! Le seul diplôme que j'ai c'est celui de la Polyvalente Père-Marquette, à Montréal, et je n'ai jamais été inscrit à l'université. Alors, pour le savoir institutionnel et «mes» profs d'université, on repassera!

Sur le fond, non-seulement tu ne réfute pas ce que je dis mais en plus je ne suis même pas sur que tu ai lu le texte! Par exemple, le mot autoritaire n'apparait nul part dans le texte.

Par ailleurs, tu prouve par l'absurde un de mes points (que votre pratique est arrogante et auto-référentielle).

Anonyme a dit…

Ce n'est pas un argument sémantique qui change le contenu d'un message. Le fait de qualifier la pratique du Parti d'auto-référentielle est une critique de l'autoritarisme de l'organisme.

Mais je te renvoie cette question: "Si le Parti devient l'union des luttes populaires d'une façon réelle, en quoi viser sa croissance est indésirable?" Est-ce que l'on utilise pas le terme auto-référentielle comme étant péjorative sans fournir d'arguments? Ce comportement me semble être un préjugé anarchiste assez répandu.

En ce qui concerne le ton de mes interventions, il n'est que simple réponse au ton de ton texte. J'ai toujours trouvé insultant que des têtes pensantes de certains mouvements se permettent des critiques qui sont basées sur leur notoriété plutôt que sur le contenu. En fait, je considère la première partie de la critique intéressante, mais le reste est, à mes yeux, consternant; c'est désolant de constater la mérpise et le mépris qui composent réellement ta vision du Parti.

En dernier lieu, pro forma, je te dois un mea culpa pour mes suppositions sur la personne, je te croyais quelqu'un d'autre.

Nicolas a dit…

J'utilise le terme auto-référentiel au sens propre. C'est-à-dire que, si l'on suit la logique du Programme du PCR, lorsque le parti parle des organisations de masses, il parle en fait de lui-même. C'est auto-référentiel parce qu'il fait référence à des organismes qu'il contrôle et dirige.

* * *

Veux-tu bien me dire qu'elle espèce de notoriété j'ai? C'est une vraie farce!

J'ai signé le texte non pas pour lui donner du poids mais pour deux raisons. 1. Pour ne pas engager mon organisation. 2. Pour en assumer la responsabilité (les gens du PCR que je connais vont faire le lien entre la signature et la personne réelle qu'ils croisent des fois dans les manifs).

* * *

Ce n'est pas du mépris, c'est de la critique et de la polémique. Si je méprisais le PCR et les militantEs du PCR, je ne m'abaisserais pas à écrire une série de textes de critique de fond!

* * *

En général, sur le ton, tu me pardonnera de citer l'équipe du Drapeau Rouge pour ma défense:

Le style des journaux révolutionnaires «...doit être incisif, mordant et net. Nous devons défendre fermement la vérité et la vérité exige une prise de position nette. Nous, communistes, nous avons toujours considéré comme honteux de dissimuler points de vue. Les journaux que dirige notre parti et tout le travail de propagande qu'il fait doit être vivant, avoir une position nette et faire preuve d'un esprit incisif et nous ne devons jamais rester dans le vague. C'est le style combatif qui nous est propre à nous le prolétariat révolutionnaire. (...) Un couteau émoussé ne fait pas gicler le sang.» (Mao, Causerie pour les rédacteurs...)

[tiré de la brochure «Le Drapeau rouge, l'agitation communiste à Montréal: méthodes et objectifs». Février 1999]

Par ailleurs, si c'est vrai que je suis raide et baveux, je dois admettre que je n'arrive pas à la cheville d'aucun de vos pères fondateurs. Marx, Engels, Lenine et cie étaient tous des polémistes extrêmement dur, baveux et sans merci. Lit les dans le texte, tu verra que Phébus c'est de la petite bière à côté!!!

Anonyme a dit…

1: Le parti est auto-référentiel à cause qu'il représente la lutte politique du prolétariat contre le système capitaliste. Il est la structure dont le porlétariat se dote pour mener sa lutte de façon concertée et consolidée.

2: Ta notoriété existe depuis déjà quelques temps, de mes années anarchistes, moi et touTEs mes amiEs t'accordions cette crédibilité en tant que militant qui a de l'expérience et des "talents" littéraires.

3: Pas de meilleure façon de concrétiser son mépris que de faire une analyse qui se prétend être de fond mais qui ne contient que de vulgaires insultes sans fondements.

4: Le ton auquel le texte du drapeau rouge fait référence est essentiellement par rapport à la nature subversive des propos, non pas à l'aspect baveux de la production; dans le sens où le Drapeau Rouge ne sera pas clément avec son adversaire, la bourgeoisie. Les polémistes dont il est question dans ton intervention le faisaient avec maintes justifications, rares y sont les attaques gratuites que les "polémistes" de ta frange chérissent et utilisent à toutes sauces.