vendredi 1 février 2008

Un petit rush d'antisyndicalisme avec ça?

Le chroniqueur et blogueur vedette Patrick Lagacé déterre ce matin une histoire à vous dégoûter du syndicalisme... assortie à un traitement à vous dégoûter du journalisme.

Brièvement, l'histoire est la suivante. Le syndicat québécois des employés de services, une union internationale affiliée à la FTQ, a salement merdé. Lors du renouvellement des assurances collectives, les syndiquéEs ont consciemment choisi de larguer leurs collègues invalides. En tout, c'est 300 personnes qui se font jeter et qui se retrouvent à devoir cotiser au régime public d'assurance médicament. 300 ex-collègues qui vont s'appauvrir d'à peu près 1000$ par année. Tout ça pour une économie minime, à peu près 4$ par paie ou 10% (c'est pas full clair). Sauf que, bon, dans le contexte d'explosion des coûts d'assurances et considérant la vive concurrence de la CSN (qui elle aussi désassure les invalides après un certain temps), il n'y a pas de petites économies. C'est salaud et singulièrement éloigné du discours syndical officiel.

Là où je décroche c'est quand Lagacé se sert de ce cas pour faire assaut d'antisyndicalisme, dans sa chronique et sur son blogue. Là où je décroche, c'est quand Éric Grenier, de Jobboom, fait pareil sur son blogue.

Peut-être suis-je complètement fou mais il me semble que l'analyse ne devrait pas s'arrêter à hurler «le roi est nu» en pointant les contradictions des syndicats. Il me semble que toute cette histoire illustre à merveille pourquoi il faut refuser toute privatisation du système de santé. Parce qu'on s'entend, pour le commun des mortels la privatisation va passer par des régimes d'assurances collectives. Aux États-Unis, les syndicats font face à des choix bien plus déchirants que ceux d'ici. Là bas, c'est les retraités qu'on est en train d'éliminer des assurances collectives pour contenir l'explosion des coûts et protéger la sacro-sainte compétitivité des entreprises. Et on ne parle pas de syndiquéEs de PME, on parle des trois grands de l'auto. La différence c'est que là bas, les rejetés ne peuvent se rabattre sur un régime public parce qu'il n'y en a pas.

(Autre élément complètement absent du traitement journalistique de cette affaire: c'est le gouvernement, avec la loi 30 sur la fusion des accréditations syndicales en santé, qui a exacerbé la concurrence inter-syndicale qui se trouve à la base de toute cette histoire.)

2 commentaires:

Patrick a dit…

Je suis d'accord avec plusieurs des points que vous abordez. Notamment sur la privatisation des soins de santé ; je ne comprends pas les tenants de la privatisation, vu le désastre du système américain.

Cependant, il faudra m'expliquer, un jour, d'où vient ce réflexe de taxer d'antisyndicaliste tout journaliste/chroniqueur qui critique un syndicat. La décision des syndiqués de larguer des camarades est répréhensible, vous le dites vous-mêmes. Il y a des explications, certes, des contextes, que vous décrivez justement. Mais à la fin, le résultat est le même : la solidarité ne s'étend plus à des poqués, 300 invalides. Ils ne sont pas dans la rue, heureusement, mais le geste a de quoi dégoûter. Vous me direz que c'est un cas. Bien sûr. Mais c'est un cas révélateur justement parce que contraire au discours des syndicats. Un peu comme quand un flic se fait coincer dans un délit. Ou quand une ministre des Transports roule dans une limousine qui viole les limites de vitesse.

Voilà.

Nicolas a dit…

Le réflexe, comme vous dites, vient de la généralisation. Vous vous appuyez sur un seul geste d'un syndicat pour faire le procès du syndicalisme au complet (en caricaturant, en plus). D'ailleurs, la lecture de l'immense majorité des commentaires sur votre blogue et sur celui de Grenier devrait vous éclairer à ce sujet.

Sinon, ce qui m'a fait réagir c'est l'étroitesse de votre angle de traitement. Vous avez choisi de vous limiter à la dénonciation du geste et à la critique de la contradiction du discours syndical. Cet angle de traitement prête flanc à une accusation d'antisyndicalisme parce que vous n'ouvrez aucune autre porte. L'analyse me semble tronquée. Ce que ça laisse comprendre c'est que tout ce qui vous intéressait c'est de dénoncer une injustice et de prendre le syndicat les culottes à terre.

C'est correct mais il ne faut pas se surprendre que dans le contexte actuel, ça ne fasse qu'alimenter un climat antisyndical.