mardi 16 décembre 2008

Pouvoir des médias & médias du pouvoir

Jacques B. Gélinas, dans un texte publié sur Presse toi à gauche, attire notre attention sur un fait «légèrement» troublant. En effet, le sondage qui est arrivé le plus près du résultat des urnes le 8 décembre n'a pas été réalisé de façon classique auprès des électeurs mais en mesurant la place que chaque parti occupait dans l'espace médiatique.

(les résultats ont été arrondi)

En effet, la marge d'erreur du «poids média» de chaque parti politique versus leurs résultats électoraux réels n'est que de 1,6%. C'est, à ce jour, le «sondage» électoral le plus fiable! Autrement dit, les résultats électoraux des uns et des autres sont directement proportionnels à la couverture médiatique obtenue. Et après ça on nous dira que Noam Chomsky hallucine avec sa «fabrication du consentement»...

N.B.: Le blogue Banc d'essai avait déjà publié le communiqué post-électoral d'Influence communication, la firme qui mesure le dit «poids médias».

14 commentaires:

Michel Monette a dit…

C'est ce que je disais aussi dans mon billet Émois journalistiques.

annearchet a dit…

En fait, les seuls qui hallucinent sont ceux qui pensent que Chomsky est un anarchiste.

Nicolas a dit…

S'il veut se dire anarchiste, libre à lui. Anyway, il n'y a pas encore d'autorité de certification anarchiste... Ceci dit, ça ne m'empêche pas de penser que c'est tout juste un réformiste libertaire et que c'est triste que certains anars ressentent le besoin de coller leur idéologie à des «gros noms» comme Chomsky pour la rendre crédible.

Ceci dit, ça n'empêche pas qu'une partie significative de son travail militant me semble digne d'intérêt dont, notamment, le modèle d'économie politique des médias qu'il a développé.

Anonyme a dit…

C'est vraiment frappant comme chiffres...

annearchet a dit…

Tu as raison, Nicolas. Et certains bouquins comme L'an 501 méritent d'être lus, ne serait-ce que pour le style qu'il y déploie.

Francois a dit…

Vous interprétez ça vraiment comme l'effet direct des médias sur les masses? J'y vois plutôt une adaptation en temps réel des médias aux sondages au fur et à mesure de la campagne.

Autrement dit, ça prouve que les médias sont à l'écoute de la population.

Si l'écart entre le résultat et le poids média aurait été trop important vous vous seriez plaint du traitement médiatique injuste de certain partis et maintenant vous vous plaignez que les médias sont responsable des résultats! Je trouve ça plutôt fallacieux.

Michel Monette a dit…

@ François : vous confondez. Dans une campagne électorale, le rôle des médias est d'informer la population sur ce qu'ont à lui offrir les partis politiques aspirant à gouverner le Québec. Pour que la population soit bien informée, il importe que le traitement médiatique ne soit pas disproportionné. En fait, si les médias avaient suivi le désir de la population, ils auraient moins parlé de la campagne (43% n'ont pas voté), ce qui aurait été un non sens.

Farruco a dit…

Sur Chomsky:

Soit dit en passant, il ne se dit pas lui-même anarchiste, mais bien compagnon de route des anarchistes.

De plus, j'ai un bon ami dans QS qui me parlait des fois des "curés noirs" qui sont les défenseurs incorruptibles, plus purs que purs, 2 fois mieux que toi, et je crois qu'il ne faut pas tomber dans ce créneau. C'est là la manière d'agir idéale pour éviter de propager les idées libertaires.

Je vis pas mal mieux avec quelqu'unE qui me dit pour qui il vote et pourquoi après avoir poussé la réflexion qu'avec quelqu'unE qui ne vote pas sans avoir réfléchi à son geste, même si, on s'entend, voter est la méthode numéro 1 pour permettre au parlementarisme de survivre.

J- a dit…

Je suis ENTIÈREMENT d'accord avec toi Farruco. J'aurais pas pu dire mieux.

Nicolas a dit…

Euh... Juste compagnon de route, tu es sur? Moi je me souviens avoir lu des entrevues de lui dans Red & Black Revolution et Anarcho-syndicalist Review où il dit clairement qu'il se défini comme un anarchiste. M'enfin, ce n'est pas grave. Reste qu'il y a quand même des bouquins relatant en long et en large tout le bien qu'il pense de l'anarchisme (notamment chez Lux).

annearchet a dit…

Pour une raison que je ne comprends pas toujours, dès qu'un anar se refuse de voter ou de faire le jeu de la politique, il se fait traiter de «curé noir». Les votards, par contre, ne sont jamais doctrinaires mais «raisonnables» et «pragmatiques».

Pfff.

Il y a une marge entre être sectaire et cesser d’être conséquent avec soi-même.

Autre truc. Les anars ont tendance à se servir de Chomsky comme caution scientifique — Baillargeon, surtout («Chomsky a prolongé et rénové la tradition anarchiste») — alors qu'il est essentiellement réformiste et étatiste, comme le faisait remarquer Claude Guillon en 2001.

En publiant Chomasky et en s'associant à sa pensée, les anars ne propagent pas les idées libertaires mais la sociale-démocratie. À mon humble avis, ça équivaut vachement à se tirer dans le pied.

Farruco a dit…

Ouais, bien c'est en continuant à faire chier les gens en général que l'on va faire avancer les idées libertaires, j'avais oublié.

Annearchet, je ne dis pas que t'as tort ou raison de chier sur Chomsky, juste que ton attitude est certainement la meilleure afin qu'on se fasse coller l'étiquette de "curé noir" encore une fois.

Et, soit dit en passant, c'est certainement pas des gens qui tiennent des discours aussi tranchés, du genre noir sans nuances ou blanc sans nuances, qui ont su faire connaître les idées libertaires.

Mais, si ton trip est de rester seulE dans ton coin avec tes chummys plus anars les unEs que les autres, continue comme ça. De toute façon, je ne connais pas de libertaires qui n'ont jamais eu ce genre de délire un jour ou l'autre de leur vie (et ça n'a pas rapport avec l'âge, ne t'en fais pas).

annearchet a dit…

Où est-ce que je chie sur Chomsky??? J'ai même dit que j'aimais ses bouquins !

Je ne fais que dire qu'il n'est pas anarchiste. Ne pas être anar n'est pas un défaut, loin de là. Et s'il fallait que je ne fréquente que des anarchistes, ma vie sexuelle serait un sacré désert.

Je n'en démords pas: il faudrait arrêter de le présenter comme un anarchiste précisément parce que ça nuit à la diffusion des idées libertaires. Je me souviens, lorsque Parizeau a passé à l'émission de Bazzo en 2005, il avait déclaré (et là, je cite texto):

"Jamais les États nationaux n’ont-ils été aussi importants pour protéger les gens. Ils reviennent à leur rôle d’autrefois, comme protecteurs des gens. Tout le monde a compris ça, y compris les anarchistes. Ce qu’il y a de remarquable, c’est de voir les anarchistes demander aux gouvernements de protéger le peuple contre les effets de la mondialisation. C’est quand même le bout du monde quand on pense qu’il y a cinquante ans ils refusaient toute forme de gouvernement !"

À qui Parizeau pensait-il quand il parlait des "anarchistes" ? À Chomsky. Est-ce que c'est ça, diffuser les idées libertaires? J'en doute. Ce triste état de fait n'est pas la faute de Chomsky (que je trouve fort sympathique au demeurant) mais bien celle de certains anars qui, en se collant de près sur l'illustre linguiste du MIT, cherchent à tout prix à sortir de la marge où l'ordre établi les a relégués.

Je le répète, il y a une différence entre être doctrinaire et tenir à ses idées. Un anar pro-État, c'est un oxymore.

Nestor a dit…

Les libertaires qui pensent que l'État peut servir de rempart au pouvoir des multinationales et du capitalisme sauvage finissent logiquement par appuyer les partis sociaux-démocrates (dont s'est le fonds de commerce). Deux exemples bien québécois : Normand Baillargeon et Serge Roy. Tous les deux ont donné leur appui à QS.

Cette position mène à un cul-de-sac. Ce sont les états qui ont négocié les accords de libre-échange, en partenariat avec les organisations patronales nationales et internationales. Il faudrait leur rappeler que l'état est au service des intérêts économiques des classes dominantes. Et ce n'est certainement pas la voie électorale qui nous permettra d'abolir cette domination. Si nous voulons imposer nos intérêts de classe, il faudra s'organiser en conséquence, sans illusions réformistes ou étatiques.

Ça ne veut pas dire pour autant qu'il faut laisser le "marché" privatiser le monde sans rien faire. Se battre pour des services publics n'est pas incompatible avec une position anarchiste, surtout si on amène une perspective autogestionnaire à travers la lutte.

ciao,
Nestor