vendredi 9 mai 2008

Chronique de la répression ordinaire

Il est à peu près 10h30, je suis dehors, sur Sainte-Claire, en train d'assouvir mon vice (je grillais une cigarette). Je vois un gars, style rasta, qui monte la côte à vélo. Il y a un char de flic, juste derrière. Je me dit, «non...»

Eh oui. Les flics l'ont collé devant moi. «Tantôt tu roulais à sens inverse» que le flic avec sa calotte d'armée lui dit. «Ah bon, c'est vrai, désolé» répond le gars. «C'est quoi ton nom?» lui demande le flic. «Pardon?» fait le gars. «T'es en infraction, lui dit le flic, gare toi et donne moi une carte d'identité».

Je regarde ça et je me dit «c'est pas vrai, ils vont pas le carter pour ça? Criss c'est juste un cycliste». Je décide de rester là, au cas où. Je regarde le gars dans les yeux pour lui montrer que j'ai vu (le flic aussi me voit). On s'échange un regard interloqué.

Pendant ce temps, il y a le facteur qui monte la côte lui aussi. En mettant le courrier dans les boîtes, il regarde la scène avec le même regard interloqué que moi. Il traverse la rue, me tend le courrier et me demande «c'est-tu encore de la répression?». Je lui explique la situation, il me dit «y'a rien fait le gars, hein?», je lui dit «non». Il me dit, «on reste tu là, juste au cas?», je lui dit «oui, c'est peut-être mieux».

La conversation s'engage. Le facteur vit dans le quartier. Il m'explique la dernière fois où il a eu un ticket. Ça a l'air que la police sévit contre la «circulation de transit». Évidemment, c'est de la grosse bullshit, tu peux pas parler de circulation de transit à propos de quelqu'un qui a une vignette de stationnement dans le quartier où il se fait coller! Pas plus non plus que pour un cycliste qui remonte la rue. C'est con parce que le comité de citoyenNEs du quartier a justement une campagne contre la circulation de transit. Ils se servent de nos propres campagnes pour nous faire chier, faut le faire.

Entre temps, il y a un autre gars qui descend la rue. Il s'adresse au cycliste et lui dit «ça va?». Le cycliste explique que le flic lui donne un ticket pour avoir circuler à sens inverse. Le gars traverse la rue et vient nous voir, «vous êtes là pour surveiller ce qui se passe?» qu'il nous dit. «Ouai» qu'on répond.

«Qu'est-ce qu'on peut faire dans ces cas-là» demande le facteur. «Je sais pas trop, en tout cas on peut pas appeler les flics!» que je dis. L'autre gars parle sans conviction de l'ombudsman de la Ville. On est trois et on n'ose pas rien faire, à part rester là et regarder «au cas où». «J'aurais envie de crier dans ces cas-là, mais j'ose pas, j'ai peur de me faire embarquer» dit le facteur. Moi aussi. L'autre gars aussi.

Les flics finissent par déguerpir après avoir donner son ticket au cycliste. On pique une petite jase sur le coin de la rue. Chacun y va de sa petite histoire. «L'affaire c'est que c'est une vraie infraction» dit le cycliste. «Ouain, mais y'auraient pu juste te donner un avertissement» dit le facteur, «c'est sur mais le flic s'est mis à me poser plein de question pis y'a pas du me trouver assez coopératif». On se laisse vite parce qu'il faut bien retourner travailler.

Honnêtement, je ne sais pas trop quoi penser de tout ça. D'un côté, c'est crissement poche que le gars ait eu un ticket. De l'autre, c'est rassurant de voir qu'en même pas cinq minutes on se soit retrouvé trois à watcher. Impuissants, c'est sur, mais quand même présents. Aussi, je ne sais pas trop qu'est-ce qui fut déterminant pour déclencher «l'action» policière. L'infraction? Le look du gars? Sa couleur de peau? Sans doute un peu de tout ça.

(Bon, c'est pas tout ça, moi aussi faut que je retourne travailler! ;-)

4 commentaires:

Francois a dit…

Lutter contre la circulation de transit en arrêtant les cyclistes! Géniale idée. C'est probablement plus une histoire de beu qui a pas obtenu son cotat.

Sinon c'est clair que des cheveux rastas c'est un facteur hautement incriminant!

Nicolas a dit…

Je me suis peut-être mal exprimer. Le facteur me racontait qu'il avait eu ticket en char et que le flic avait parlé de circulation de transit. Ceci dit, comme le flic l'a finalement rattrapé alors que le facteur se parkait devant chez-lui, ça ne tient pas. Le transit, par définition, ça ne fait que passer. Là on ne parle pas de circulation de transit mais de circulation de quartier.

Blais a dit…

Well (que j'écris en anglais pour me donner plus de crédibilité), la répression ordinaire se trouve à n'avoir de limite que le temps libre de la police en uniforme, qui semble etre assez énorme à en constater la pile de tickets que les mendiants, squeegeers, punks, flaneurs, alcooliques et autres nuisances de ce genre que je fréquente... En apellant à la cour municipale de Qc pour contester mes tickets, j'ai appris que j'en étais rendu à 5 800$, qui sont pour la grande majorité dans un meme été, à savoir : lorsque le projet respect a été mis en branle (http://nefac.net/node/2188 , pour plus d'infos sur le projet respect)

Ca se trouve que plusieurs mendiants et squeegeers comptent leurs tickets par tranche de 1000, sinon 10 000$ (sans exageration)

Ceci n'a peut etre pas rapport directement avec le thread sur le racisme policier ici mentionné (quoi que probablement que oui), mais anywayz, des updates sur le projet respect verront bientot vie sur le forum du GAAR (groupe d'action anti-repression : www.gaar.keuf.net) et sur la futur page web du groupe...

voila...

Nicolas a dit…

Historiquement, la floppée de tickets qui tombent sur les gens de la rue sont légèrement différents des tickets qui tombent sur le «monde ordinaire».

L'ampleur est franchement différente. C'est clair, pour moi en tout cas, que les flics arrosent généreusement les gens de la rue pour pouvoir les contrôler et les retirer de la circulation à volonté (via l'incarcération ponctuelle sur la seule base des tickets pas payé).

Je pense que le cas du cycliste que je raconte ici se situe à la croisée des deux mondes. À cheval entre le type de répression qui se vit dans les quartiers populaires (un mixte de contrôle social et de power trip) et ce qui se fait contre les gens de la rue.

Bonne chance pour la lutte contre la répression. C'est vraiment pas évident ce genre de bataille là.