samedi 4 juillet 2009

Pendant ce temps en Allemagne



Le SVU veut renouveler la gauche libertaire

Dans un contexte militant délicat, un groupe communiste libertaire veut développer une nouvelle politique révolutionnaire.

En Allemagne, l’extrême gauche est dominée par la mouvance « autonome », dont une ligne d’action est fondée sur la perpétuation d’une contre culture (squat, musique, black block, alimentation, style vestimentaire, etc.). Jusqu’ici, la seule organisation rouge et noire digne de ce nom était la Freie Arbeiter Union Deutschlands (FAUD), une structure anarcho-syndicaliste. Depuis quelques mois existe également un groupe à Berlin qui s’inscrit dans le réseau communiste libertaire relié par le portail internet anarkismo.net. Son nom : Solidarität Von Unten (SVU). Formé d’une dizaine de militantes et militants, pour certains immigrés d’Espagne, d’Afrique du Sud et de France entre autre, SVU vut développer une politique révolutionnaire en Allemagne.

Le contexte n’est pas facile. Contrairement au pays latins, où une partie du mouvement syndical d’une certaine radicalité « de masse » peut exister, en Allemagne, le syndicalisme est de façon monolithique social-démocrate, ce qui tue toute velléité d’auto-organisation des travailleurs et des travailleuses. Du coup, pour de nombreux et nombreuses jeunes révoltés, être anticapitaliste revient à « vivre autrement », en marge de la société. Jusqu’à la naissance il y a quelques années de Die Linke (...), il n’existait à la gauche du parti social-démocrate que quelques chapelles trotskistes, des milliers d’autonomes… et la FAUD.

Malgré tout, SVU est acquis à l’idée de convergence des luttes et de front anticapitaliste. Mais, composer avec les forces en présence n’a rien d’évident, tant Die Linke est polarisé par les questions électorales et la mouvance autonome est étrangère à toute idée d’organisation pérenne, dans laquelle elle voit une preuve flagrante de réformisme rédhibitoire !

L’intervention politique en direction des luttes salariales n’est pas non plus très aisée. En effet, elles ne prennent jamais une tournure interprofessionnelle, si symbolique soit-elle. La centrale syndicale unique, la DGB, prônant un syndicalisme de services qui ferait passer la CFDT [un des grands syndicats réformistes français] pour de dangereux gauchistes ! Néanmoins, c’est peu connu, mais il existe des réseaux de militantes et de militants syndicalistes révolutionnaires au sein de la DGB, présents dans plusieurs secteurs (automobile, chimie, enseignement, rail, municipaux de Berlin…). Ces militants rencontrent régulièrement, en France, au niveau syndical, Sud [un syndicat français combatif] et, au niveau politique, Alternative libertaire.

(...)

Pour l’instant, SVU est amené à agir de deux façons : travailler en lien avec les réseaux syndicalistes révolutionnaires et se concentrer sur des collectifs de lutte décidés à porter des revendications précises.

Sophie (AL Nantes)

Extrait du numéro de juin du mensuel Alternative libertaire.

11 commentaires:

Louis Douglas a dit…

C’est quoi vous reprochez à la social-démocratie? Est-ce parce que c’est pour la collaboration des classes?

Et votre autogestion des travailleurs, ça veut dire quoi? S’asseoir à la place du patron, pu de patron? Pu d’employés aussi? La collectivisation avec l’État total pour décider de la production tant qu’à y être, même pu besoin de syndicats. Curieuse façon d’être libertaire en voulant une révolution et en haïssant nos démocraties libérales et la propriété privée comme notre salaire.

Même si le capitalisme n’a pas la prétention d’apporter l’égalité (normal nous avons des talents différents), votre communisme l’apporte encore moins, avec en plus un fond de pauvreté générale. Rien de nouveau dans cette façon de détruire la liberté au nom de la liberté.

Nicolas a dit…

Visiblement, tu es tombé en amour avec notre blogue! Nous sommes un collectif anarchiste de tendance communiste libertaire. Sache pour ta gouvernement que nous sommes anticapitaliste ET antiétatique. Alors pas d'État total chez nous.

Pour en savoir plus sur notre perspective, tu peux lire l'article Anarcho-communisme sur Wikipedia. Ça t'évitera de dire des énormités.

BlackBloc a dit…

Notre salaire c'est pas la propriété privée. C'est le contraire de la propriété privé, c'est une pitance consentie à nous être donnée par les propriétaires parce que nous n'avons pas la propriété, la vrai, le capital, et nous ne possédons pas le fruit de notre propre travail sous le capitalisme. Le boss achète ta force de travail avec un salaire, et le fruit de ton travail lui appartient. Que tu produises 1000 gadgets en une heure ou 100, tu reçois le même salaire, car le boss achète ton temps, pas ton produit.

La preuve la plus flagrante est dans mon domaine, l'informatique, ou le patron nous fais signer un contrat qui dit que toute la propriété intellectuelle de ce que je conçois est la propriété exclusive de la compagnie, et que même mes propres projets hors temps de la compagnie leur appartient si il s'agit de du travail dans le même domaine et qui pourrait être compétiteur. Techniquement je ne possède même pas mon temps hors du temps de travail de façon complètement libre, car si je décide de travailler pour moi-même je peux, sous technicalité, voir mon travail confisqué par l'entreprise. C'est ca le capitalisme.

Louis Douglas a dit…

Pas de capitalisme, pas d’État, il ne reste pas grand-chose. Pas d’argent je présume, j’oubliais, capitalisme=argent.

Nous sommes propriétaires de ce que l’on produit et on l’échange contre du pouvoir d’achat. Normal, on ne produit pas juste pour nous, vivre en société, ce qui est du progrès.

Tu peux même avoir une part en investissant ton salaire, si pas trop de taxes.

Ya aussi des lois pour protéger le travailleur, mais tout ne vient pas que de lui.

BlackBloc a dit…

>>tout ne vient pas que de lui.

Eh bien si, justement. Ou en tout cas, des travailleurs, collectivement. Le patron est un parasite.

Anonyme a dit…

Louis Douglas : dis-nous ce que tu possèdes. Probablement pas grand chose. Ton intérêt, si tu es travailleur, n'est donc pas du côté des patrons. C'est simplement ça la conscience de classe. Débarasse-toi de cette mentalité d'esclave.
Alex

Anonyme a dit…

Et pour répondre, truc douglas, à ce que tu disais le 5 juillet comme commentaire à l'article sur le Honduras, que nous préconisions un totalitarisme : les anarchistes ne sont pas des communistes autoritaires comme ceux de la Chine ou de l'URSS ou de Cuba, ils n'ont jamais créé de société totalitaire. Informe-toi sur la guerre civile espagnol ou sur Oaxaca...
Alex

BlackBloc a dit…

Douglas est un creditiste et il est clair par son blog qu'il est infeode a cette secte malfaisante qu'est l'Eglise Catholique (quoi que ses enfants protestants qui pullulent ne sont guere mieux). Il risque d'avoir une autre opinion que nous de la guerre civile espagnole (un des rares exemples du peuple realisant de quelles cotes l'eglise se range et la traitant comme il se doit pour sa traitrise envers la cause populaire).

Matthias a dit…

Merci Nicolas pour cet article sur un des problèmes centrals du syndicalisme et du mouvement ouvrier en Allemagne. Je n'ai pas le temps de bien développer mon argument mais on peut discuter ca quand je serai à Québec la prochaine fois, probablement à la fin de 2009 pendant les vacances de noel...

Juste quelques points. La "Sozialpartnerschaft", c'est-à-dire le partenariat social, le compromis de classe durant le fordisme, est toujours dans les tetes des travailleurs, des travailleuses et des syndicats bien qu'elle n'existe plus depuis longstemps. Avec la nouvelle force politique de gauche, DIE LINKE, le block néolibéral a un adversaire de gauche qui peut intervenir dans les discussions et les luttes sociales. Il y a pas mal de syndiquéEs, meme quelques cadres dans les syndicats, qui sont membres du Parti de Gauche, ce qui est nouveau: Avant la fusion de WASG et PDS en 2007, le Parti du Socialisme Démocratique (PDS), n'était pratiquement pas présent au sein du DGB - contrairement aux autres partis établis, dont notamment la SPD.
Malheureusement, la FAU est trop marginale pour vraiment intervenir dans une facon importante dans les luttes ouvrières. Solidarität von unten, non seulement le groupe mais le sense du mot, solidarité par le bas, est absolument nécessaire.
Le principe de la "Einheitsgewerkschaft" (syndicat unitaire?) pour éviter la concurrence parmis les syndicats est pratiquement incontesté et au moment un tel changement en Allemagne n'aiderait pas à améliorer la position des subalternes.
Je fais de l'éducation politique pour la jeunesse du DGB, la DGB-Jugend, et je donne des séminaires mais je fais surtout des visites de classes dans des écoles professionnelles où les jeunes vont qui font des formations professionnelles, donc surtout des jeunes travailleurs et travailleuses. Là on essaie entre autres de donner des conseils pratiques pour le boulot et les problèmes et conflits liés, mais aussi d'établir et de renforcer la conscience de classe en expliquant l'opposition et le conflit entre le capital et le travail et les intérets divergents entre eux, les salariéEs, et le patronat. Ce travail de base est très important avant qu'on puisse meme penser de changer les rapports de force.
Tout ca juste pour dire que j'ai fait de très bonnes expériences avec la jeunesse de la Fédération des Syndicats Allemands (DGB) et au moment je pense que ca fait beaucoup de sense de faire de l'éducation politique et aussi de militer au sein des syndicats existants et du DGB parce qu'il n'y a pratiquement pas d'autres structures (oui, il faut changer ca aussi!) et qu'on peut donner plus de force aux courants de gauche dans les syndicats.
C'est néanmoins important d'établir une vraie base d'un syndicalisme combatif et radical. En attendant je veux bien utiliser les structures existantes pour militer pour une meilleure vie.
DIE LINKE, le "Parti de Gauche", est le seul parti vraiment oppositionnel au parlement fédéral et il influence pas mal la discussion politique. En fait, dans plusieurs questions essentielles, dont la guerre en Afghanistan, les "réformes sociales", donc le démantèlement social, etc. les positions du parti représentent la majorité de la population. C'est pourquoi il fait sense dans mes yeux de voter pour et meme de militer au sein du parti (dans l'aile anticapitaliste et révolutionaire) meme si on est en principe antiparlementariste.
Vous devez comprendre: J'ai déjà fait un bon chemin - en 2003 j'ai été encore banquier ;)

Salut de Marburg!

Nicolas a dit…

Merci pour ton commentaire, je l'ai passé aux camarades d'AL qui ont écrit l'article à l'origine.

Je ne suis pas sur place et je ne peux donc pas juger. Toutefois, j'avoue que si je suis d'accord avec la première partie de ton argumentation (militer à la base pour développer la solidarité et la combativité), j'avoue que j'ai de la misère avec la seconde partie (militer dans le parti le plus à gauche).

À Québec, comme tu le sais, nous avons Québec solidaire. Ce n'est pas aussi gros --ni aussi à gauche je crois-- que Die Linke mais ça existe. Ils ont aussi une aile anticapitaliste et même un député maintenant. Ce serait malhonnête de dire que ça ne change absolument rien. Par contre, ce n'est pas ce dont nous avons besoin. Je continue de croire qu'il faut militer à la base, dans les mouvements sociaux, sur une base autonomiste. C'est incompatible avec la politique politicienne. Enfin, je crois. Au plan politique, je mets toutes mes forces à développer une force politique libertaire. C'est modeste mais plus porteur, à mon avis. J'aime bien les gens de QS, j'y ai même des amis et quelques alliés mais, comme disent les camarades d'AL: le débouché politique des luttes... est dans la victoire des luttes.

Solidairement


Nicolas

Matthias a dit…

Je te comprends très bien et je peux suivre ta perception. Au moment je crois toujours que ca fait sense de militer au sein du parti mais le plus longtemps que j'étudie Science Po et le plus longtemps que je suis militant, je deviens de plus en plus critique envers la politique établie.
Je trouve important de lutter ensemble, vers une convergence des luttes. Il y a pas mal de monde dans DIE LINKE qui savent qu'ils ne "dirigent" pas (et ne doivent pas le faire) les mouvements sociaux mais qu'ils peuvent leur donner une voix dans le parlement. C'est déjà beaucoup si je regarde le changement dans le disours politique en Allemagne d'une unité néolibérale vers plus de critique (anticapitaliste et non) et cela dans un pays dans lequel l'anticommunisme est très fort.
Ceci dit, je préfère aussi l'autogestion à la représentation, je veux que les gens s'organient eux-memes.
C'est juste qu'il faut se décider comment utiliser son temps d'une facon efficace. Au moment je crois que c'est le cas dans les organisations auxquelles je participe. Mais ca peut changer avec le temps vu que j'ai beaucoup de sympathie pour les positions de l'UCL et que j'aime très bien discuter avec vous. Un changement de mon engagement dépend surtout du déroulement des luttes sociales actuelles dans l'avenir.
Avec le DGB actuel on ne peut certainement pas faire la révolution (avec une bonne partie de DIE LINKE non plus) mais je ne suis meme pas sur si j'aimerais avoir une révolution au moment parce que je crains que ca régressera vers la droite en Allemagne. Néanmoins il faut bien lutter pour et avec une perspective revolutionnaire.