lundi 6 juillet 2009

Luttes urbaines et changement social (Deuxième partie)

Une série estivale sur Voix de faits




Luttes urbaines et changement social
Déjà paru:
Les vieux quartiers populaires sont devenus des terrains de lutte de classe importants. Sous couvert de revitalisation et pour répondre aux besoins de la dictature automobile, on démolit, construit et défigure à tour de bras. Face aux bourgeois, grands ou petits, et à l’État, des gens se lèvent et la résistance s’organise en comités de citoyen-ne-s et groupes populaires. Droit au logement, services et médias communautaires, aménagement urbain, revendications locales, les habitant-e-s des quartiers veulent avoir leur mot à dire et maîtriser leur environnement immédiat. Pour qui ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis, c’est l’une des rares expressions contemporaines d’antagonisme socio-politique et, n’ayons pas peur des mots, de conscience de classe (au moins potentiellement). Voilà qui est précieux pour ceux et celles qui veulent changer le monde.

Des luttes coulées dans le béton


De quoi parles-t-on au juste lorsque l'on parle de luttes urbaines? D'abord précisons qu'il ne s'agit pas de toutes les luttes se déroulant en ville, ça n'aurait aucun sens et, surtout, rien de spécifique. Les luttes urbaines sont les luttes qui ont pour objet l'organisation même de la ville. Ce sont les luttes pour savoir qui décide de l'aménagement et du développement des quartiers: les promoteurs en fonction de la rentabilité immédiate de leurs projets, la bureaucratie municipale au nom d'un schémas de développement économique ou les gens en fonction de leurs besoins? Ce sont les luttes contre la gentrification, les luttes contre la dictature automobile, les luttes pour obtenir des équipements collectifs qui font défaut, les luttes sur le transport, etc. Ce sont en général des luttes qui unissent un nombre significatif d'habitant-es d'un quartier contre une autorité ou une menace externe quelconque.

Dans les quartiers, deux logiques s’affrontent. D’un côté, les résident-e-s veulent préserver et améliorer la qualité de vie, régler les problèmes communs et développer des projets qui répondent à des besoins locaux. De l’autre, la logique marchande pense le quartier comme un terrain vague à développer, un obstacle à franchir ou une marchandise à consommer par ceux et celles qui ont de l’argent à dépenser, sans tenir compte de l’impact ou des besoins des habitant-e-s. Par exemple, la Ville de Québec entend développer le secteur de la colline parlementaire et le secteur du boulevard Laurier, à Sainte-Foy. On parle de permettre la construction de nombreuses tours alors que les résident-e-s de ces quartiers se plaignent déjà de la circulation automobile infernale. On pourrait également parler de la surenchère d'«évènements spéciaux» dans le centre-ville. Dans tous les cas, on oppose les besoins et la qualité de vie des gens qui vivent sur place à un vague intérêt général.

Les conflits viennent du fait que la Ville est organisée en fonction du développement économique et qu’elle sert les intérêts des promoteurs immobiliers et des grandes institutions qui font rouler l’économie (et génèrent toujours plus de taxes, ce qui en retour sert les intérêts de la Ville!). Les citoyen-ne-s ne sont bons qu’à habiter la ville et, à la limite, se plaindre du déneigement (*). Le déséquilibre politique qui caractérise la ville crève les yeux. Alors que la vie se passe dans les quartiers, le vrai pouvoir est concentré entre les mains de quelques élus-es du comité exécutif et d’une haute fonction publique qui règne de droit divin technocratique. Il n'y a pour ainsi dire aucune reddition de comptes. Les élites locales tolèrent mal d’être dérangées dans leurs plans et leurs projets de développement par une populace bruyante et plus ou moins désargentée. Ils veulent bien consulter pour la forme (et encore!), mais ce ne sont pas les élus locaux, et encore moins la plèbe, qui vont leur dire quoi faire!

Tant que la population accepte d’être réduite à une masse de consommateurs et de touristes dans son propre patelin, l’avenir appartient aux affairistes. Par contre, quand ceux et celles qui habitent la ville et la font vivre se regroupent et se mobilisent, alors l’avenir est ouvert. Lorsqu'elles développent un rapport de force suffisant, les luttes urbaines permettent de remettre les élites locales, la haute fonction publique et les démagogues populistes à leur place. La seule manière de le faire est de faire parler la rue, encore et toujours, et de faire résonner sa voix jusque dans leur hôtel de ville et leurs salles de rédaction. Avec ou sans relais politique, le peuple ne doit pas avoir peur de s’imposer s’il veut être entendu... que ce soit sur le déneigement ou la densification!


Nicolas Phébus, 6 juillet 2009


Mise en garde: Nicolas Phébus est l'un de ces anarchistes qui travaille dans un groupe populaire... et qui y croit! Il est aussi membre de l'UCL.

(*) Rappelons que Régis Labeaume n'a reculé que sur un enjeu depuis son élection, à savoir une nouvelle politique de déneigement qui avait soulevé les passions et provoquée des assemblées publiques particulièrement houleuses aux quatre coins de la ville.

1 commentaire:

anarchopragmatisme a dit…

Vous décrivez très bien ce qui se passe ici! Bravo!