lundi 14 avril 2008

Toé, tais-toé

Selon un article publié dans Le Devoir ce matin, le géant canadien de l'industrie minière aurifère Barrick Gold aurait envoyé une mise-en-demeure aux éditions Écosociété pour empêcher la publication du livre Noir Canada, Pillage, corruption et criminalité en Afrique. Selon le quotidien, la compagnie «allègue que l'ouvrage, qui fait état de nombreux abus qu'y auraient commis des sociétés minières canadiennes au fil des ans, est diffamatoire». Pourtant, toute l'information contenu dans le livre est déjà dans le domaine public. Selon l'un des auteurs, il s'agit tout simplement d'une tentative d'intimidation (un SLAPP comme on dit). Écosociété n'a pas encore décidé de ce qu'elle ferait des 1700 copies déjà imprimées. À suivre...

* * *

M-à-J: Le texte du Devoir est dans la section abonnés du site, alors ça ne sert à rien de mettre un lien. Par contre, La Presse parle également de l'affaire (Par ici... et certains blogues commencent à la relancer (Vanasse, Actualitté, etc.).

dimanche 13 avril 2008

Dico anticapitaliste : La « délégation de pouvoir »

« La souveraineté ne peut être représentée par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point. […] Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires. ». L’aspiration à la démocratie qu’exprimait Jean-Jacques Rousseau en 1762 dans le Contrat social n’a jamais été satisfaite. Aujourd’hui les pays occidentaux ne connaissent de la démocratie que sa forme dévoyée : la démocratie représentative, qui repose sur la délégation de pouvoir.

Ce système de gouvernement est basé sur une triple mystification.

1) Le véritable pouvoir, le pouvoir économique, échappe aux élu-e-s. Il appartient aux classes possédantes. Pour l’essentiel, le rôle dévolu aux « représentant-e-s du peuple », c’est la gestion des dégâts causés par un système économique qu’il est interdit de remettre en cause puisque la propriété privée des moyens de production et d’échange est sacralisée dans la Constitution.

2) Le peuple est supposé choisir ses représentants, et représentantes mais seulement parmi celles et ceux désignés par des partis, dont l’essentiel du financement est assuré par l’État. Des candidatures « indépendantes » sont autorisées, mais les inégalités de ressources et d’accès aux médias les rendent sans effet.

3) Les élections sont supposées permettre au peuple de s’exprimer… mais sur les programmes des candidates et des candidats. Et les réponses qui lui sont demandées sont binaires. C’est oui ou non !

Malgré tout, en dépit de la résignation inculquée aux travailleuses et aux travailleurs, en dépit des millions d’euros de financement des campagnes électorales et des verrouillages médiatiques, il peut arriver que les électeurs ne fassent pas « le bon choix ».

Qu’importe. Les élu-e-s dissidents seront lentement mais très probablement digérés par la mécanique de la délégation de pouvoir. Une fois le scrutin terminé, l’élu-e rentre dans une logique où les dossiers qui lui sont confiés n’ont pas vocation à être discutés par les électrices et les électeurs. Les élu-e-s s’isolent de leur base. Ils et elles ne sont plus contrôlés que par leur parti. Une carrière politique réussie, véritable promotion sociale pour les quelques prolétaires qui y accèdent, n’est possible qu’au prix de compromis. Cette logique est à l’œuvre depuis que des « partis ouvriers » prétendent changer la société en accédant au pouvoir d’État. Ils ont tous fini en gestionnaires du capitalisme.

De même que l’économie féodale ne pourrait fonctionner avec le système politique contemporain, l’économie capitaliste ne survivrait pas à une démocratie réellement souveraine. Il y a un lien direct entre la nature des rapports de production et la forme de l’organisation politique de la société. Sans abolition du capitalisme, pas de démocratie véritable.

Texte de Jacques Dubart
Publié dans Alternative Libertaire no 170 (fév. 2008)

samedi 12 avril 2008

À signaler: une critique du Devoir

Le Devoir, seul quotidien à prendre au sérieux le livre, publie aujourd'hui une critique de «Sur les traces de l'anarchisme au Québec», un essai publié chez Lux ce printemps par un de nos camarades.

Essais québécois

Par Louis Cornellier
Le Devoir, édition du samedi 12 et du dimanche 13 avril 2008

Un militant de Québec retrace une facette méconnue de l'histoire de la gauche québécoise

Depuis une dizaine d'années, à la faveur, notamment, du développement du courant altermondialiste, le mouvement anarchiste fait un peu parler de lui au Québec. Porté par les voix de deux intellectuels solides -- Normand Baillargeon et Francis Dupuis-Déri -- dont les interventions multiples et efficaces en faveur du déve-loppement de l'esprit critique et du pacifisme ont eu un certain retentissement, par le journal satirique Le Couac et par la maison d'édition Lux, le discours de cette gauche libertaire, quoique toujours marginal, a su se faire entendre dans notre paysage.

S'agit-il là d'un phénomène de génération spontanée ou de la manifestation la plus récente d'une tendance ayant un ancrage dans notre histoire? Existe-t-il, autrement dit, quelque chose comme une tradition anarchiste au Québec? C'est là, à tout le moins, la thèse solidement développée par le militant libertaire Mathieu Houle-Courcelles dans Sur les traces de l'anarchisme au Québec (1860-1960).

«L'histoire officielle du mouvement ouvrier, écrit-il, n'a à peu près rien retenu de l'influence exercée par les anarchistes sur le syndicalisme et les mouvements sociaux.» Pourtant, ajoute-t-il, ce courant «était bel et bien présent au Québec dès la fin du XIXe siècle», même s'il «a laissé bien peu de traces tangibles de sa présence». Aussi, c'est à la recherche de ces traces que s'est attelé le militant de la région de Québec, convaincu que «les libertaires ne pourront compter que sur leurs propres moyens pour relater et faire découvrir l'histoire de leur courant de pensée».

Identifié à la gauche (et parfois à la droite, mais c'est un autre débat), l'anarchisme se distingue néanmoins du socialisme traditionnel «par sa critique implacable des différentes formes d'autorité illégitime qui entravent cette transformation radicale de la société: refus de participer à la mascarade électorale, refus du nationalisme et des guerres "patriotiques", refus de la soumission à l'église et aux dogmes religieux, refus du culte du chef, du parti ou du maître, refus de ce socialisme imposé par en haut... »

Une mouvance antiautoritaire

Houle-Courcelles reconnaît qu'il serait abusif de parler d'une «tradition» anarchiste au Québec, mais il retrouve néanmoins, dans notre histoire, une «mouvance» d'inspiration antiautoritaire qui s'exprime sous trois formes différentes: un courant anarchiste bien défini, des pratiques contestataires qui s'en inspirent et, dans le camp adverse, un «spectre» anarchiste, «agité par les milieux conservateurs et réactionnaires, mais aussi par les directions des syndicats de métier, pour éloigner la classe ouvrière des perspectives de changement social».

La première forme, c'est-à-dire l'anarchisme clairement revendiqué, se retrouve surtout dans les milieux juifs montréalais du début du XXe siècle. Animée, en grande partie, par des réfugiés fuyant les pogroms de la Russie tsariste, elle prend le visage d'un syndicalisme de combat, particulièrement dans l'industrie du vêtement, auquel s'ajoute une entreprise d'éducation politique. Surtout actif en milieu yiddishophone (et parfois anglophone), cet anarchisme est résolument antinationaliste (c'est-à-dire opposé au sionisme) et athée. Houle-Courcelles, à ce sujet, rapporte une anecdote significative. «Au début du XXe siècle, raconte-t-il, les anarchistes juifs montréalais se font une joie de partager ensemble un plat typiquement canadien-français: les fèves au lard. Il faut dire que la religion juive proscrit également de manger du porc. Une autre façon de faire un pied de nez à la religion.» Ce mouvement, qui fait aussi une place à l'action féminine, perdra de son influence à partir des années 1940.

La deuxième forme, une sorte d'anarchisme diffus colorant par moments le mouvement ouvrier et anticlérical, se développera plutôt dans le milieu francophone. Peut-on, comme le fait Houle-Courcelles, y faire entrer Arthur Buies? Admettons que, comme «humaniste radical», le «libre-penseur anticlérical» mérite au moins le titre de précurseur.

Des communards au Québec

Là où cet ouvrage surprend franchement, c'est quand il suggère que «c'est peut-être grâce à la Commune de Paris si l'anarchisme pose véritablement son pied au Québec». Le gouvernement canadien, semble-t-il (cet épisode pour le moins surprenant reste à creuser), aurait élaboré, avec le gouvernement français, un possible transfert de 35 000 communards au Québec. Opposée à cette solution qu'elle percevait comme un désaveu de la Commune, la Première Internationale l'aurait fait échouer. Malgré tout, «en 1871 et 1872, entre 1000 et 3000 communards s'exilent au Canada, la plupart à Montréal», et ils participent activement à quelques grèves sauvages -- une appellation positive dans la logique anarchiste -- au Québec.

Au passage, on apprend aussi, dans cet ouvrage, que les Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre ne dédaignaient pas l'action radicale. En 1912, après une grève dans les usines textiles de Lawrence, au Massachusetts, pendant laquelle sa femme et ses enfants sont morts de faim, l'ouvrier Arthur Caron décide, avec des amis, de faire sauter la résidence de Rockefeller, propriétaire de milices patronales. La bombe leur explosera au visage.

S'il y a, toutefois, un seul nom francophone à retenir de cette histoire, c'est celui d'Albert Saint-Martin. «Marxiste libertaire» qui fut pendant un temps un membre influent de la section francophone du Parti socialiste du Canada, Saint-Martin a participé à la diffusion de l'espéranto comme langue des prolétaires de tous les pays, a tenté l'expérience d'une ferme collective autogérée, en 1910, près de Mont-Laurier, a fondé, en 1925, à Montréal, l'Université ouvrière, un lieu de rassemblement pour les libertaires anticléricaux, et a mis sur pied deux coopératives d'alimentation pendant la crise des années 1930. Sa devise était celle de Spartacus: «Nous n'avons pas d'armes, les Romains en ont pour nous.»

Après la Loi du cadenas instaurée par Duplessis en 1937, les mouvements qui se réclament de la gauche radicale seront presque condamnés à la clandestinité. Les automatistes de Borduas flirteront avec l'anarchisme, mais seul Claude Gauvreau, sur le mode exalté, poursuivra dans cette veine. En 1953, l'anarchiste québécois d'origine française Paul Faure tirera un bilan plutôt décevant de ces années d'activisme.

Cinquante ans plus tard, Mathieu Houle-Courcelles, lui, les retrace avec clarté et respect, pour inspirer ses camarades militants et leur dire qu'ils ne sont pas nés d'hier.

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louisco@sympatico.ca

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Sur les traces de l'anarchisme au Québec (1860-1960)

Mathieu Houle-Courcelles, Lux, Montréal, 2008, 280 pages

vendredi 11 avril 2008

Rebond: liberté de presse et redistribution de la richesse

Aujourd'hui, le Média Matin Québec revient sur le texte censuré de Sid Ryan dans le Toronto Sun. Les lockoutéEs publient une entrevue avec le dirigeant du plus important syndicat ontarien sur les tendances lourdes dans l'industrie des médias. Le «confrère Ryan» tient un discours qu'on entend peu dans les médias. À lire sur leur site: Où s’en va la liberté de presse.

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Par ailleurs, depuis le début les lockoutéEs du Journal de Scabec nous ont peu étonnés. Leur journal reste convenu et très proche du Journal qu'ils et elles nous avaient habitués à lire. Ce qui nous faisait conclure, dans Cause commune, que «les journalistes du Journal de Québec sont bien contents de faire le genre de journalisme qu’ils et elles font puisque, même sans patrons, ils et elles publient le même genre de journal».

Et bien, ce matin j'ai été agréablement surpris. Il y avait des gauchistes dans cette salle de rédaction et on nous l'avait caché! Il faut lire la savoureuse réplique de Sylvain Trépanier aux propositions des Montmarquettes, Faycal et cie qui veulent baisser les impôts et augmenter les tarifs. C'est un peu tiré par les cheveux mais disons qu'on aura rarement lu dans les médias une défense aussi éloquente et cohérente de la perspective de gauche sur les mécanismes de redistribution de la richesse par la fiscalité. ==> Françoise, Lucie, Joseph et l’impôt...

jeudi 10 avril 2008

CANSEC 2008: La soirée de lancement annulée !

Un lecteur de ce blogue nous a fait parvenir cette traduction d'une dépêche publiée en anglais sur le CMAQ. N'hésitez jamais à nous envoyer vos informations.



En ce mardi soir, des anarchistes d’Ottawa ont réussi à « faire fermer » la soirée de lancement de la plus grande foire d’armes du Canada!

Les profiteurs de guerre, tant du monde corporatif que gouvernemental, vêtus de tuxedos ont dus rapidement quitter le Centre des congrès en ce mardi soir, alors que les alarmes à incendie sonnaient, que cinq camions de pompiers étaient appelés et que la police cherchait en vain les vilains anarchistes qui avaient réussis à annuler l’événement de lancement de CANSEC 2008, la plus grande foire d’armes canadienne.

Malgré les dispositifs de surveillance et de sécurité en démonstration, d’une valeur de plusieurs millions de dollars, une présence policière en uniformes et les affirmations selon lesquelles les forces de sécurité auraient amassées quantité de «renseignement» sur la résistance à CANSEC, le pouvoir n’a pas pu empêcher les anarchistes d’Ottawa d’infiltrer l’événement et de simplement tirer l’alarme à incendie.

CANSEC 2008 est la plus grande foire d’armement au Canada et sert de point de rencontre aux « profiteurs de guerre », aux représentants gouvernementaux et aux acheteurs privés et institutionnels. Ces derniers peuvent s’extasier devant les dernières technologies militaire, de surveillance et de sécurité. CANSEC nous montre la réalité de la politique étrangère et intérieure du Canada – nous sommes les leaders du monde au niveau de la mort, de la guerre et de l’occupation.

Cette action a été prise en réponse à l’appel du BLOC PGA-Ottawa. Ces derniers appelaient à des actions autonomes pour la foire d’armement et en soutien à PGA-Hallmarks. En plus, nous avions vraiment appréciés leur vidéo sur CANSEC :



Nous espérons que l’action réussie de ce soir marquera le début de deux jours de résistance active à CANSEC 2008…

DE KANDAHAR EN PALESTINE, L’OCCUPATION EST UN CRIME!
FERMEZ CANSEC, LA FOIRE D’ARMEMENT!
FERMEZ LE COMPLEXE MILITARO-INDUSTRIEL!


Pour plus d’informations à propos de la résistance à CANSEC, visitez pga.roadnetwork.org

Ah, la liberté de presse...

La liberté de presse commence
quand tu en possède une



Il y a une règle non-écrite dans les médias qui veut qu'on ne parle pas contre le propriétaire. Les journalistes qui s'y risquent marchent généralement sur des oeufs et sont régulièrement soumis à des sanctions. Dans le même ordre d'idée, on évite autant que possible de nuire au département des ventes.

Les journalistes peuvent bien protester de leur autonomie professionnelle et des grands principes qui régissent leur métier, la vérité c'est que cette autonomie et ces principes s'arrêtent là où commencent les intérêts du patron. Quebecor vient de nous en fournir encore une belle illustration.

L'histoire se passe en Ontario mais ça parle de Québec. Là bas, dans la ville reine, il y a un tabloïd du style du Journal de Québec. Ça s'appelle le Toronto Sun. Comme à Québec et Montréal, le Sun fait appel a des chroniqueurs externes pour agrémenter ses pages et donner une impression de diversité de points de vue. Dans le lot, il y a Sid Ryan. C'est le gauchiste de service (l'homme est président du CUPE Ontario; l'équivalent du SCFP-Québec). Jusqu'à maintenant tout allait bien et les papiers du «confrère Ryan» étaient publiés sans problème.

Or, voilà que le «confrère Ryan» a voulu parler du lock-out au Journal de Québec. Refus net de la rédaction. Censure et black-out. Et tant pis pour les beaux principes...

Le Média Matin publiait aujourd'hui la chronique du «confrère Ryan» dans ses pages. Ça s'appelle ironiquement Néfaste pour la démocratie (le texte est juste en bas de l'intro du journaliste lockouté).